taty lauwers

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Oméga-3 : l’obsession d’une gélule dorée, chez Anso

27.2.25 . Sur le site d'investigation de Jérémy Anso , une confirmation de la pauvreté des preuves scientifiques qui justifieraient une supplémentation en gélules.


Sur le site d'investigation de Jérémy Anso , une confirmation de la pauvreté des preuves scientifiques qui justifieraient une supplémentation en gélules: "Oméga-3 : l’obsession d’une gélule dorée"

Je ne me lance pas dans l’analyse des sources scientifiques qu'il pointe, je fais confiance à Jérémy, souvent pointu dans ses analyses. Je ne suis d'ailleurs pas sûre que ce que j’exprime est l’intention de l’auteur, mais je maintiens que la folie Omega3 tient autant du marketing que l’obsession vitamine D. Si l’on augmente certes les taux sanguins en supplémentant, il n’y a AUCUNE preuve que l’effet sur la santé soit présent.

Quand j’ai étudié le dossier Om3-Om6 pour écrire « Pour qui sonne le gras ? », il n’y avait aucun consensus scientifique autour des oméga3 mais beaucoup de marketing - ainsi que beaucoup d’affirmations individuelles par des auteurs pourtant fiables, comme le dr de Lorgeril, qui picorent au buffet des études celles qui leur convient (cherry picking). On en a déjà parlé ici.

Extraits sur le sujet, à partir de l'article de Jérémy , dont la première partie est gratuite et la totalité se lit sur abonnement.:

1/Autrement dit : si vous n’avez pas d’inflammation caractérisée, renflouer votre stock d’oméga-3 n’y changera pas grand-chose. On peut aussi voir le problème dans l’autre sens : même un statut appauvri en oméga-3 n’entraîne pas forcément une inflammation de bas grade.

(…)

2 / Ils ont tout de même trouvé un résultat intriguant : à l’échelle individuelle, on n’observe pas de corrélation entre la CRP et le niveau d’EPA/DHA. Qu’est-ce que ça veut dire ? Les personnes qui ont eu les plus fortes augmentation d’oméga-3 n’ont pas eu les baisses les plus marqué de CRP.

La variabilité interindividuelle est énorme.

(…)

3/ Deux études ont regardé l’impact d’une forte supplémentation d’oméga-3 chez des personnes carencées avec une forte CRP (TL : marqueur d’inflammation), et des maladies particulières.

Les doses sont fortes (4 à 4,4 g avec de l’huile de poisson ou de krill) et ne montrent pas d’effet sur l’inflammation générale (CRP, IL-6), malgré une forte correction de l’index oméga-3.

Note TL : quel intérêt d’aller ravager le fond des mers et piquer le krill, nourriture favorite des baleines e.a., pour un effet nul ?

(…)

Chez les individus atteints de lupus érythémateux systémique, les auteurs trouvent un bénéfice chez les personnes qui avaient les scores de maladie les plus élevés ( = les plus graves).

Note TL. On n’a pas comparé versus l’effet d’une réforme alimentaire intégrant des graisses nobles et des sources bovines/ovines élevées en bio, à l’herbe (source d’oméga3). Quelle utilité ?

Rappel du passage Omega3 dans mon billet d'avant-hier:

Le dr Boutbaoucht écrit des Oméga-3. (...) "les essais randomisés contrôlés n’ont pas confirmé de manière constante un bénéfice significatif dans la progression de la DMLA". "Les preuves scientifiques montrent une absence de preuve solide en prévention primaire". Si l'on consulte rationnellement la littérature scientifique, on lira ce genre d'assertion à propos d'autres maladies qu'oculaires.

 

Quelques remarques et questions

A. L'article mentionne "saumon" comme source d'Omega3. Lors de mes investigations en 2005, il ressortait clairement que les saumons d'élevage, même en bio, n'offraient pas autant d'omega3 qu'annoncé. Normal, ils vivent en surface. Il faut des plongées profondes pour développer des omega3. Et qui donc peut se permettre d'acheter du saumon vraiment sauvage? Les superfriqués. Grrrr....

B. Pas de mention du fait qu'à surdoser en omega3, on nique la voie des omega6 si utiles, en dosage correct?

C. Je ne vois pas de mention que les poissons sont de gros apports de toxiques (microplastiques, mercure, dioxine, etc.). C'est cher payé les DHA/EPA...

D. Parmi les gens que j'ai reçus quand j'auditais et donnais des ateliers, ceux qui vantaient l'effet des omega3 étaient systématiquement des personnes qui, interrogées:

* mangeaient auparavant maigre "pour leur ligne", ou pire mangeaient des plastimargarines, autant dire aucun acide gras correct

ou

* se nourrissaient n'importe comment, souvent au restau, et/ou cuisinaient sans porter AUCUNE attention à la qualité des huiles.

Leur quotidien: huiles raffinées pour poêler et pour l'assaisonnement des salades. Pas étonnant que l'apport de graisses crues et intègres leur était bénéfique. Ce n'étaient pas les omega3 qui importaient, c'était la noblesse des acides gras 😉

J'arrête ici, je n'en finirais pas. J'ai en effet encore 6 arguments dans la manche, pour justifier que la complémentation Omega3 peut être utile *dans de très rares cas, bien étudiés* et qu'elle est inutile pour la majorité d'entre nous. Ceci est conçu comme un os à ronger pour les lecteurs qui croient encore les fables commerciales comme "l'humain est un mauvais convertisseur d’ALA (Acide alpha-linolénique) en EPA et DHA, nous devons donc aller voler le krill aux baleines pour nous supplémenter" 😉

 

Sources

La page fb de Jérémy

Le site pour s'abonner

A ceux qui me retournent les arguments marketing classiques, désormais crus comme l'Evangile:

J 'ai passé de longs mois vers 2005 à investiguer, à trier le bon grain des givrés 😉

Pour éviter le piège du marketing et des modes, j'ai choisi de proposer en fin de livre une version ancestrale des répartitions de lipides.

On n'a jamais autant consommé d'om3 hors tout, comme une panacée, qu'en nutrithérapie aujourd'hui. On prend des risques, mais du moment qu'on le sait...

Les apôtres de la supplémentation oublient plein de facteurs: les polymorphismes génétiques de naissance, les défauts acquis par fragilité vers la quarantaine (surtout chez les femmes), les synergies entre nutriments divers. On dirait qu'ils n'ont pas étudié la physiologie de la nutrition ou qu'ils roulent pour un labo.

David Servan Schreiber, dieu aie son âme, nous a bien saoûlé il y a plus de quinze ans avec des mantras non justifiés, à peine documentés sur son obsession des Om3. Depuis lors, c'est une autoroute d'assertions toutes plus catégoriques les unes que les autres sur ce sujet. Et qui va lire les conclusions d'une mémé de province qui, sans supplémentation, survit en forme à 70 ans après une vie entière d'épreuve et de fragilité

 

Echange autour de l'étude Renaud-de Lorgeril Lyon Heart Study

Je reprends pour les non facebookiens un échange édifiant autour d'une autre croyance: les résultats omega3 de la Lyon Heart Study.

IP Ceci me fait penser a l'étude initiale du Professeur Serge Renaud sur l'alimentation des crétois, il s'agissait d'une étude plus globale puisque portant sur la santé cardio-vasculaire générale. Le Docteur Renaud avait testé une adaptation du régime crétois sur des patients ayant eu un infarctus pour comparer la récidive, l'étude a dû être arrêtée avant son terme car les résultats étaient spectaculaires (si mes souvenirs sont bons quasi 80% de récidive en moins chez les patients recourant aux principes alimentaires recommandés par rapport au groupe témoin). votre avis Taty ?

TL. La Lyon Diet Heart Study de Renaud fut le début du raz de marée "MedDiet" dont on sait que c'est un concept-valise (pardon au dr de Lorgeril qui y tient tellement). Les études sur le sujet ne sont pas fiables, pour diverses raisons, dont politiques. C'est de la pensée de groupe, du mythe, ni plus ni moins, que d'y croire. Idem que la complémentation Om3.
Scoop : indiscrètement, j'ai un jour écouté en colloque de nutri (+- 2003?) le dr Renaud discuter avec le prof Roberfroid, car j'attendais d'interviewer ce dernier.
Renaud venait de terminer une autre étude comparant l'impact des légumes frais, cuisinés maison, et les légumes achetés tout cuits. Le résultat était désastreux pour ces derniers. Il disait n'avoir pas trouvé de journal pour publier. Ben non, personne ne gagne vraiment à vendre des légumes frais. Mais des gélules d'Om3: oh que oui!

 

Je tente de relativiser et d'aider les lecteurs à sérier la mode de la réalité. Mais si vous voulez suivre Renaud & Cie et vous complémenter en margarine à l'huile de colza, je n'y vois aucun souci.
Dans mes livres, j'arrondis les angles, mais perso, je trouve que l'étude, comme TOUTES les études en nutri, a trop de défauts - le premier étant cité ci-dessous dans mon commentaire suivant, un autre étant que les diètes des participants n'étaient pas claires (rapportées par eux mêmes, pour 30 et 50% dans chaque groupe). Comment tirer des conclusions d'une cohorte si peu cohérente?

Un autre défaut: a minima, il faudrait un groupe de contrôle qui mange plus de fruits et de légumes frais, qui cuisine sans produits manufacturés, qui panache les sources de lipides en VPPF pour avoir ce qu'il faut d'Om3-6 mais mange de tout y compris du beurre de ferme, de la viande rouge et de l'huile d'olive bio, par exemple. Tiens? Pourquoi personne ne fait cela en littérature scientifique? Parce que ça donnerait un sérieux coup dans l'aile aux divers mythes en nutrition. Et parce que personne ne gagne rien à promouvoir les produits frais. A part Kennedy récemment, heureusement...

Renaud s'était basé sur l'étude d'Ancel keys, des 7 pays. Dans cette étude, le Sud Ouest français avait les MEMES résultats que les Crétois, sans l'exercice physique, sans les 200 jours maigres, sans le sens de la communauté, bref tous les paramètres socio historico économico culturels qu'on oublie en MEDDiet.
Pourquoi ne pas avoir testé l'assiette toulousaine, alors? Vous voyez bien que ce n'est pas rationnel... En outre, Zoe harcombe et al. ont bien démontré que les résultats crétois de cette première étude avaient été captés pendant le carême... ça change tout pour les prémices des études suivantes 😉

Je comprends qu'on veuille y croire. Notre période manque de mythes, on les trouve dans l'assiette désormais. Ce sont les mythes qui tiennent les sociétés en cohésion!

IP Et que proposez-vous pour les personnes à risque cardio-vasculaire ?

  • TL. J'ai peur de râbacher, je l'ai écrit cent fois.

  • Mangez un peu, de tout, en variété et qualité, en pratiquant des rotations alimentaires et de courtes cures de drainages. Si possible en choisissant des nourritures vraies, ciblées selon votre profil. Privilégiez le local, de saison, si possible fermier ou bio.
  • Assurez-vous d'apports fermiers et bio pour les oeufs, fromages, viandes, ce qui vous apportera ce qu'il faut d'Om3 etOm6. De temps en temps, prenez quelques gélules de foie de morue, qui apporteront vitamines A et D ainsi qu'oméga 3 sous forme naturelle.
    Panachez l'apport d'huiles, en intégrant en portions congrues des huiles végétales comme tournesol, impérativement VPPF et consommées crues, tout aussi impérativement
  • Dormez protégé de l'electrosmog.
  • Soignez la lumière naturelle, évitez les lumières artificielles.
  • Bougez un peu.
  • Riez et apprenez à gérer le stress.

Ces conseils tiennent en quelques phrases, mais les conseilleurs y perdent leur prise de pouvoir sur le mangeur !

Si vous voulez vraiment vous rassurer question MCV, suivez le travail d'investigation de Stephen Hussey, qui lie la prévention de santé vasculaire avec l'eau cristalline liquide intérieure. ça, c'est une des hypothèses qui tient le mieux la route: rigueur, méthode, terrain.

 


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