9.3.2026 Depuis quelques années, une mode circule sur le net : pratiquer quelques jours d’une diète mimant le jeûne (FMD en anglais, pour Fast Mimicking Diet), approche qui permet de mieux supporter les chimios.
D’où cela provient-il ?
Depuis quelques années, une mode circule sur le net : pratiquer quelques jours d’une diète mimant le jeûne (FMD en anglais, pour Fast Mimicking Diet), créée initialement dans le contexte d'une meilleure tolérance des chimiothérapies..
Le chercheur gérontologue italo-américain Valter Longo est un spécialiste du jeûne et l’auteur de recherches sur des rongeurs, qui ont donné lieu à la pratique de jeûner autour des séances de chimiothérapies, pour mieux en supporter les effets secondaires.
Or, après quelques années, Longo a prétendu que beaucoup de cancéreux avaient du mal à maintenir un jeûne zéro calorie pendant 4 à 5 jours, le temps nécessaire à ce qu’il produise son effet dans ce contexte. Il a donc amorcé la promotion d'un produit, appelé ProLon, qui permet de tenir ce quasi-jeûne (voir ci-dessous).
Or, prétendre que les cancéreux ne peuvent tenir un jeûne est une affirmation tirée du chapeau, il faut croire Longo sur parole. Hélas! J'y suis peu encline, vu les approximations, amalgames, incohérences et falsifications que Bernard Bel a relevés dans un de ses livres. et vu que Longo est le fondateur de ProLon. Il lui est difficile d'être objectif.
Pour avoir vécu, même brièvement, des chimiothérapies à l'âge de 39 ans et avoir cotoyé des cancéreux, je peux certes imaginer que certains sont si résignés qu’ils ne sont prêts à rien d’autre. Mais une belle partie d’entre eux, dont moi, sont prêts à tout pour ne pas souffrir à ce point les jours suivants la séance de chimio. Un jeûne hydrique serait facile à suivre, ne fut-ce qu’à cause des nausées et du fait qu’on n’arrive tout simplement pas à manger, dans certains cas (ce fut le mien).
J'ai déjà traité de la diète mimant le jeûne, avec quelques détails supplémentaires, en page 12 du dossier Cancer "Pauses et drainages". Lire l'extrait
Quelle que soit la réalité scientifique du FMD, en quoi consiste-t-il ?
Pour simuler les effets du jeûne, mais en mangeant, il s’agit de quasi-jeûner quatre à cinq jours d’affilée, en mode végé extrémiste. Le plan de Longo comprend 9-10% de protéines végétales, 44-45% de matières grasses végétales et 45-47% glucides et est vendu sous la forme de poudres (un mix d’aliments végétaux, d’électrolytes et de compléments vitaminés).
Visitez le site Prolon https://prolonlife.com/. Je vous réserve la surprise de découvrir le prix que vous payerez.
Il n’y a à ma connaissance pas de recherches sérieuses sur l’humain (études d’intervention). On annonce quasi les mêmes effets physiologiques que le jeûne hydrique - dont vous trouverez un résumé technique chez Bernard Bel : « Les effets de la restriction calorique/protéinique"
Au-delà de l'effet mode, on peut imaginer que le FMD est efficace comme l’est tout système qui bloque le corps en mode cétose.
Le FMD pur et dur n’attirera que les personnes qui « croient » - j’insiste sur ce terme – que les végétaux sont essentiels, que les graisse saturées sont délétères et que les protéines, surtout animales, sont toxiques. C’est donc un acte religieux, que je ne critique pas, mais ce n’est pas de la science. Il ne me suffit pas que Longo affirme dans ses formations : « j’ai de beaux résultats avec le FMD sur mes propres patiens » (info reçue d’une participante à ses stages). Tout le monde peut dire pareil à propos de son régime particulier. Si je ne dispose pas d'études d'intervention face à un groupe contrôle, je ne crois personne sur parole.
Vu ma connaissance de la réalité alimentaire dans les fameuses zones bleues mythiques, je n’arrive pas à croire que les protéines sont toxiques, animales ou pas. Mais je sais que certains profils biochimiques prospèrent avec des doses de protéines très faibles. Grand bien leur fasse. Je n’en fais pas partie, tout comme n’en font pas partie quantité de mangeurs.
Je prends pour exemple une pie-chart que partage Denise Minger sur son site. En français, on dirait "diagramme en camembert", mais j’aime qu’en anglais on parle de tarte, pour le plaisir du paradoxe sémantique autour des glucides…. On y voit la proportion de participants à la cure Kempner à base de riz blanc qui ont vu leur taux de glycémie diminuer ou augmenter. Il est clair que 37% des participants n’étaient pas d’un profil biochimique adapté à cette diète : 22% n’ont pas vu de changement et 15% se sont aggravés…
Personnellement, je pratique une minicure de drainage régulière, ma forme de FMD si l'on veut, à ceci près que je vis dans un corps qui peine fort à atteindre la cétose. Je fais régulièrement des séries de journées consécutives dans mon mode alimentaire optimal du moment:
S’il faut se laisser aller au mythe de l’algèbre en nutrition, je suis donc sous la barre des 800 kcal. 200 à 300 g steak par jour, à 150 à 200kcal pour 100g -> max’ 525kcal + deux oranges de 150g = 150kcal, que je remplace parfois par des olives vertes, dont 100g m’apportent +- 150kcal.
Seul le réel dira si j’ai bien fait, seul le réel dira si les pratiquants du FMD original ont bien fait.
Si vous voulez organiser le FMD chez vous, avec des aliments sains et non pas des poudres de synthèse, inspirez-vous des idées exprimées sur la page http://agingadvice.org/FMD-Recipes.html. On notera que le gars abuse de lait de coco, qui est pourtant une source de graisses saturées, réputées "toxiques" par les tenants de la longévité. Ces incohérences m'amusent.
A manger de la sorte, j’aurais faim toute la journée, je serais pliée en deux à cause des douleurs intestinales face à tant de fibres dures (pois chiches, noix de pécan, etc.) et je ne pense même pas que je serais détoxifiée, vu mon profil « Tarass-Boulba ». Je dépends des protéines de sources animales pour la détoxification.
Les profils comme le mien sont rarissimes, quasi tous les autres bénéficieront du FMD classique, s'il est mené en aliments frais et cuisinés chez soi..
Dans mon livre « Au-delà des régimes », Martine Willot, praticienne de l’hygiénisme à la Désiré Mérien, fan de jeûnes selon Buchinger et cuistot émérite, a partagé une série de recettes très végé, décrites avec soin et normées en kcal. Vous pourriez vous organiser une FMD sur cette base, si mastiquer ne vous ouvre pas la faim et si vous êtes de profil ad hoc.
Consultez certaines recettes, téléchargez en pdf "Régal de recettes de Martine Willot "
Je suis confuse de déniaiser certains croyants: la nutrition est un art et quasi toutes les études nutritionnelles relayent les croyances des chercheurs, qu'il s'agisse d'études d'observation ou d'intervention.
PERSONNE ne sait vraiment ce qui est efficace lors de la cétose ou de la pratique d'un pseudo-jeûne, quel que soit le nom qu'on lui donne.
PERSONNE ne sait combien de jours, combien de calories, combien d'exercices complémentaire...
On trouve des allégations enveux-tu-en-voilà, même dans les publications les plus sérieuses. On trouve des analyses pointues sur les rongeurs, car leur cycle de vie est court et on peut les dépecer. Difficile avec l'humain, chez qui ne circulent que des hypothèses.
A part pour la croyance dans les dieux (le pari de Pascal), je ne me fie pas à des hypothèses pour protéger ma santé.
Rappel sur le pari de Pascal: il propose que, face à l'incertitude sur l'existence de Dieu, il est rationnel de croire en lui. Si Dieu existe, le croyant gagne l'éternité au paradis (un gain infini). Si Dieu n'existe pas, le croyant ne perd presque rien (il a peut-être respecté certaines règles religieuses, mais rien de fondamental).
Je partage ce qui suit à l’intention des personnes qui n’ont pas le profil biochimique adapté au pur FMD, quasi végane.
Rappel. j'ai déjà exposé plus longuement comment s'organiser une cure FMD maison, j'ai déjà partagé des liens d'infos dans "Pauses et drainages". Lire l'extrait
Je pars donc du principe de bon sens: on aurait beau ne consommer que des aliments ressourçants, on a malgré tout besoin de périodes de drainage - info peu surprenante pour qui connaît mes écrits où j'en parle à tous les coins de page. Pour être reposante et drainante à la fois, elle doit contenir "ce qu'il faut" de protéines et de lipides pour que la détox' se fasse correctement; et "ce qu'il faut" de végétaux pour absorber les antioxydants nécessaires à ce mécanisme.
Quand on est motivé par l'épée de Damoclès d'une rechute de cancer, et par un organisme qui, par polymorphisme génétique, est un mauvais détoxifieur (mon cas), la résolution est plus facile à tenir. Dans quantit d'autres cas, je pense que ce n'est tenable qu'en groupe.
Plein de variantes existent autour du FMD. Ma copine N. mène une diète mimant le jeûne en ne consommant que des soupes, parce que, dès qu’elle-même doit mâcher, elle sait qu’elle ne tient pas face à la faim qui s’ensuit. D’autres, en revanche, ont besoin de mastiquer pour tenir le coup de cette restriction calorique.
La voie la plus facile en solo: suivez les conseils des internautes qui partagent leurs menus en FMD fait maison à base d'aliments frais - voir plus haut
Pour mener un FMD en groupe, Martine Willot et Anne Mortreux-Escabelt organisent des sessions de "repos digestif" (un parcours qui mime le jeûne) - infos chez l'une ou chez l'autre. L'évènement février est annoncé ici, il y en aura probablement d'autres
Mon mantra étant "écoutez-vous, votre corps n'a pas lu les manuels de nutrition ou le livre de Longo", si vous aimez travailler en solo et si vous n'êtes pas inspiré par le toutvégétal, vous pourriez bénéficier des mêmes effets et mener un drainage régulier et court hors FMD:
Primo, le FMD ouvre de nouveaux horizons à ceux qui croient aux vertus du jeûne hydrique ou quasi-jeûne à la Buchinger, tenus d'une semaine à 3 semaines, parfois plus. Si les Russes ont une constitution assez solide dans l'absolu pour résister à la répétition de périodes de jeûnes si durs, il n'est pas sûr que Français, Suisses et Belges soyons dans le même état physiologique. Pardon à ma copine Martine, mais j'ai tant rencontré de personnes qui se sont déglinguées au fil des répétitions de jeûnes. Le premier: grand flash! Les suivants: ils peinaient à retrouver ce flash et se retrouvaient plutôt les tripes en compote ou en forte reprise de poids.
Secundo, le succès de ce projet, commercial à la base, est tel que quantité d'internautes témoignent de l'efficacité d'une cure de 5 jours, répétée régulièrement... et
qu'enfin, enfin, enfin! le grand public va comprendre que, pour dorloter son petit corps, il ne faut pas s'enfermer dans des modes alimentaires permanents excessifs, mais plutôt doubler ses élans de "manger sain" par de courtes périodes de drainage - cCe que j'appelle des "cures" dans mes divers topos.
Ces cures peuvent alors titiller l'excès, vu qu'elles très sont limitées dans le temps.
Denise Minger a examiné de manière critique la cure de riz, un régime très restrictif développé par le Dr Walter Kempner dans les années 1930, qui consistait presque entièrement en riz blanc pour la version minceur; et en riz blanc, sucre et jus de fruits, avec un minimum de matières grasses, de protéines et de sodium, pour la version au long cours, surtout utilisée par des diabétiques.
Dans son article, Minger contre les affirmations catégories des partisans du lowcarb (de régimes pauvres en glucides) et souligne que, malgré sa dépendance aux glucides raffinés et au sucre, ce régime a produit des résultats remarquables dans le traitement de maladies graves comme l'hypertension maligne, l'insuffisance rénale, l'insuffisance cardiaque et le diabète de type 2. Elle note que plus de 60 % des patients gravement malades ont montré une amélioration spectaculaire, certains inversant le diabète et normalisant la tension artérielle.
Vu que son profil perso fonctionne avec peu de lipides, elle pointe la pauvreté en lipides de ce régime. Nous sommes des humains, on voit tous midi à notre porte, moi la première. Or, d'autres analystes ont émis l'hypothèse que les avantages du régime peuvent provenir de la restriction extrême en sodium (seulement 150 mg/jour) et l'élimination des réactogènes alimentaires majeurs (additifs, PUTs, sources de gluten, produits laitiers - en gros les aliments et produits que surutilisaient déjà les Ricains dans ces années-là).
Le dr Jason Fung, néphrologue américain, commente la même cure dans son billet "Réflexions sur la cure de riz de Kempner". Texte qu'on peut prendre avec des pincettes, vu le caractère fantasque de cet adorable médecin. Il prend parfois ses désirs pour des réalités ;)