taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Comprendre l'irrationnel autour de la viande rouge

11.11 Pourquoi cette idée reçue qu'il faudrait se priver de viande rouge? Un petit aperçu des coulisses et de l'impact de cette irrationalité.



"Nourritures vraies"
nouvelle édition 2018


J'ai récemment eu le plaisir d'entendre un chef intelligent, cultivé, multiétoilé, discourir avec coeur et générosité autour d'une assiette respectueuse de soi, de l'environnement, de l'agriculteur: Olivier Roellinger. C'était au cours de l'émission "Citoyen, citoyenne, Olivier Roellinger" sur France Inter avec Laure Adler. Ce cuisinier se bat pour une alimentation bonne pour tous. Il vient de publier le manifeste d’un homme en colère intitulé "Pour une révolution délicieuse".

Ecouter toute l'émission:

 

A un moment cependant, curieux contre-pied : "bien sûr, je ne cuisine jamais de viande rouge" (en termes approchants, je cite de mémoire). Phrase que j'entends quasi au quotidien, tant chez des chefs que chez mon voisin. C'est étonnant qu'à l'heure actuelle, la viande rouge soit stigmatisée sans raison réelle, même par les cuisiniers de coeur qui semblent respectueux. Des "on-dit": on en a à la pelle, de la raison: non! "On dit" que la viande rouge donne le cancer, "on dit" qu'elle bouche les artères, on dit on dit on dit. Mais qui a dit?

Qu'un chef n'aime pas la viande rouge, pas de souci. Qu'il trouve cet aliment un peu trop "fort" pour ses jeux en cuisine, on comprend. Mais qu'il n'en cuisine pas pour ses clients? Dans l'exquis restau proche de chez nous où l'on aime à caresser nos papilles, mon homme et moi, le menu du jour comporte systématiquement poisson en entrée et poisson en plat. Les amuse-bouches sont souvent marins. ça va, chef, on a compris: vous aimez cuisiner les produits de la mer. Mais je sais que si je me nourris ainsi, j'aurai volé un instant sur un tapis magique gustatif, mais dans 2 heures, j'aurai faim, mais faim! Je demande donc systématiquement une autre option pour le plat principal. Pardon, chef!

Au sortir de ma passe végé, je me suis réaccointée avec l'animal via le poisson. Avec désolation au final car je ne me sentais jamais bien après ces repas. Une amie naturo m'a expliqué que le poisson est "froid" en énergétique chinoise. Sur un tempérament de nature froide comme moi, même en plein été, ces nourritures "gèlifient mes cellules" si je dois décrire une sensation très personnelle. Au plan énergétique et non gustatif, entendons-nous bien. Si je dois qualifier l'exaltation cellulaire selon le type de "viande" que je déguste, c'est le boeuf qui gagne haut la main. Le poulet? Si je veux être nourrie, c'est la peau rôtie qu'il me faut. Si je prépare un délicieux blanc de poulet en cuisson basse température ou au gril (peu importe), il me faut ajouter une belle sauce réchauffante pour être un peu nourrie. Sinon: rebelote, je dois manger 2 heures après tant j'ai faim. Un steak, en revanche, me tient rassasiée pendant de nombreuses heures. Un steak tartare: pareil.

Ce détour par mon expérience perso n'a d'intérêt que pour chacun puisse explorer ses propres goûts et attirances. Sans vouloir vous faire plonger dans une forme de nombrilisme, il est des moments dans la vie où il convient de demander son avis à notre corps, comme si corps et esprit étaient un couple. En particulier quand on vit une maladie chronique (je pense à tous les épuisés chroniques actuels, victimes de syndromes qui n'ont pas de nom). Pour certains d'entre nous, le simple fait de se réconcilier avec ce que le corps demande vraiment (et non ce que nos croyances nous imposent) est la source d'un merveilleux bien-être.

J'ai cité "goûts et attirances" car ils ne sont pas toujours similaires: même si je suis vraiment rassasiée avec du boeuf, au plan gustatif, je chante plus avec un poisson bien cuisiné, je trouve des merveilles de finesse dans la cuisine des légumes. Mais ils ne sont pas des remèdes pour moi, même en forme de nourritures vraies. Je fais rire mes camarades en nutri car, dès que je me sens patraque, que j'ai une inflammation, je pratique le zéro carb à l'américaine: je ne mange que du boeuf et je bois de l'eau. Je me remets sur pied à la vitesse grand v. Je dois être une des seules qui affirme que le steak est le meilleur anti-inflammatoire. Chez moi!

Chez moi... mais aussi chez d'autres personnes du même profil. Lorsque j'auditais encore, j'en ai requinqué des clients épuisées chroniques, en leur demandant de laisser sa chance au boeuf! Tous les épuisés ne doivent pas utiliser le boeuf, bien sûr. Mais cette viande semble avoir des propriétés particulières pour relancer une dynamique concentrique positive. Bien des épuisés se remettront sur pied plus vite en acceptant de manger une à deux fois par semaine du boeuf. Et des abats, mais c'est un autre discours.

Revenons aux "on-dit" sur la viande rouge, sur nos légendes urbaines sur sa toxicité cancer/coeur. Dans mon topo Nourritures vraies, parmi les 3 orientations de l'assiette, je propose une assiette omnivore à côté de l'assiette très végé et de l'assiette semi-végé. En omnivore,on n'exclut pas les viandes rouges. Normal, on n'élimine rien en assiette ressourçante, si ce ne sont les plastiproduits. On pratique des rotations, on "éparpille, façon puzzle". Je me suis bien renseignée avant d'agir ainsi. Jusqu'ici la doc' n'était qu'en anglais. Désormais, vos pourrez vous faire un avis en lisant un des articles experts sur le site Nutriting, très documenté en général: La viande rouge est-elle cancérigène ? -> L’analyse du rapport de l’OMS. Deux autres articles tout aussi fouillés sont publiés sur le même site, liés dans leur article. Dans ce dossier, vous comprendrez que si l'on tord la méthodologie, si on "torture les statistiques assez longtemps pour les faire parler" , on démontrera que la viande rouge est cancérigène. Mais si on lit les méta-analyses sans oeillère, on ne comprend pas d'où provient cette légende.

NB. J'ai publié dans un de mes topos une visite pratico-pratique et ambiance "profilage" du sujet des protéines animales dans nos assiettes. Quelques pages que je partage ici (extraites d'une ancienne édition de "Du gaz dans les neurones").
L'objectif de ce passage: que le mangeur qui en a besoin, ici et maintenant, pour se guérir, ne se prive pas de protéines animales sur la foi d'une simple croyance.

Il me passionne d'observer les mythes modernes. Enfin, mythe est un bien grand mot. Les "tendances irrationnelles", pourrait-on dire. Il se pourrait que cet irrationnel anti-viande rouge, quand il n'est pas simplement un dégoût personnel par manque d'attirance gustative et cellulaire (et alors: respect!), soit la marque qu'on suit le changement de toute une société: rejet de la masculinité prédatrice, incarnée par le chasseur/ viandard; et valorisation d'un sursaut féminin aérien, incarné par le poisson et la volaille. On arrive ici dans un champ étranger au pragmatisme auquel je m'attache sur ce blog et dans mes livres. C'est donc à un philosophe que je demanderai de gloser sur le sujet.

Le pitch de ce billet: "la viande rouge est cancérigène et bloque vos artères" est un mantra, une prière liturgique, une légende urbaine. Ce n'est pas un fait scientifiquement prouvé. Ne suivez pas une légende urbaine si vous considérez les aliments comme des remèdes. Selon votre profil perso, vous pourriez louper un de vos aliments-remèdes: la viande rouge.



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