taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  14.6 Les vegans ne sont pas carencés en B12, mais bien en infos...



Mise au point politique et sociologique sur ce dossier du mois de juin 2018

 

 

Une mise au point pour que les quelques courageux qui me lisent puissent comprendre le contexte du blog.

Je porte deux casquettes en nutrition:

1/ Je cherche des outils pour que les mangeurs puissent s'écouter en conscience, faire des choix éthiques bien informés, utilisent l'alimentation comme remède et découvrent la joie de l'éco-responsabilité. Tous mes livres parus chez Aladdin en sont le fruit. C'est mon côté soeur Emmanuelle.

2/ Hors empathie et compassion - car j'ai mes jours - j'observe mes camarades (et la part de moi qu'ils reflètent) comme une entomologiste plus encore qu'une sociologue. Sans état d'âme, même pas un frisson. C'est mon côté, mes jours "docteur House". Les billets de ce blog en sont l'expression.

J'observe mes congénères de l'oeil de la libertaire que j'ai toujours été: ni dieu ni maître. J'aurais 45 ans de moins, je serais activiste dans une ZAD. J'adore la créativité des Zadistes dans les rapports à l'autorité, dans le partage nouveau, dans la collaboration riche. Mais à 63 ans, je n'habite pas notre dame des landes. Mes journées: je joue au tennis, je file la laine et je tisse. Point. Bien égoïste? Euh, je passe aussi des heures à écrire mes livres et mes billets, c'est ma contribution à la communauté (pour un salaire de smicard, répète-t-elle pour la centième fois). J'ai compris que je ne changerais rien à la société si je ne changeais pas moi-même, au plus profond de moi, le rapport à l'autre, à la finitude, à la solidarité - tous niveaux confondus.

Je partage ce long travail intérieur avec mes lecteurs (des livres et du blog), dans le vague espoir qu'eux aussi arriveront à vivre droits, verticaux, justes dans leurs bottes. Et qu'ainsi grandis, ils pourront enfin aider les autres et la société. La voie alimentaire est une des voies identitaires. Le mouvement végane m'intéresse dans la mesure où ils veulent revoir les codes des Anciens. Bienvenue au club!

Mais je reste sur ma faim: je ne vois rien d'enthousiasmant dans les discours véganes, j'ai l'impression d'écouter un meeting politique (avec chefs de meute et troupeau, invectives et bons mots), je lis des échanges et des billets bourrés d'amalgames et d'illogismes. Peu de rationnel pour le docteur House. En un mot: les discours végans manquent totalement de méthode et d'analyse. Ils ne connaissent pas grand chose en nutrition, ils suivent des maîtres à manger/penser dont la pensée est d'une médiocrité qui déroute dans nos pays de riche culture (j'y inclus les "philosophes" de la cause que j'ai eu la patience de lire et d'écouter, j'aurai une médaille!), se laissent emmener comme des moutons de panurge dans des manifestations ou des relais sociaux "pour la cause animale" dont le seul effet est de refléter qu'ils n'ont tout simplement pas pensé leur posture.

Je précise pour la millième fois: je traite ici des véganes vrais, pas des véganes qui s'annoncent comme tels mais qui mangent des oeufs ou des insectes... et qui sont donc des végétariens.

Dans notre conversation al fresco avec mon fils et Frank Pierobon, nous n'avons pas eu le temps de tout traiter, j'aurais mille autres questions à lui poser: qu'est-ce qui peut bien attirer un mangeur à une forme de désertification volontaire ? Car le plan végan n'est rien d'autre qu'une triste platitude (je parle en connaissance de cause! sauf si l'on accepte tous les plans d'aliénation industrielle, comme le fromage vegan etc.). Comment un pays aussi fin et critique que la France peut-elle laisser monter en puissance un mouvement dont la pensée ressemble fortement à de la monoculture?

Je lis le titre d'un billet sur le ouaibe: "je pense, donc je suis... végane". Je ne cite pas l'auteur tellement j'ai honte pour elle. Mais c'est l'inverse, ma poupinette! Si tu avais donné dix minutes de ton temps à mammy croûton ici présente, les écoutilles bien ouvertes et non pas bouchées par du foin, tu reverrais totalement ta copie. Il me faut à peu près dix minutes pour démonter l'argumentation végane, ni plus ni moins. Ce qui justifie le titre de cet article: Les vegans ne sont pas carencés en B12, mais bien en infos...

Personne n'a affirmé qu'il fallait être rationnel en nutrition, certes. Trop de liens au maternel, aux tripes, à l'émotivité (dont le siège est dans les intestins et non dans le coeur...). Je fus macrobiote en mon temps, je fais partie du lot. Mais dès que j'ai vu et senti que je souffrais de manger ainsi, j'ai arrêté, voyons! J'ai rebranché mon cerveau. J'ai repensé mes certitudes, j'ai revu l'historique et la géographie de la nutrition humaine, j'ai remis en cause les "vérités" de mon école de pensée (sur l'impact agricole de nos choix alimentaires, entre autres, ou sur le fait que je me protégerais d'une rechute de cancer). Et je me suis rendu compte qu'on m'en avait raconté des carabistouilles! Euh, que j'en avais avalées des carabistouilles, sans réfléchir! Normal, j'étais dans une phase de reconstruction identitaire au travers de l'alimentation, je ne faisais pas que me prémunir d'une malédiction familiale.

Tant que le corps ne souffre pas, tant que l'Autre n'en pâtit pas, pourquoi pas ne pas tenter l'aventure végane? J'ai tant d'amis qui testent toutes les drogues qui apparaissent sur le marché, se croyant plus forts qu' Aktabor, que le plan végane est presque anodin en comparaison. C'est le propre de l'humain de vouloir tester les limites, côtoyer les marges, défier sa nature profonde. Les apprentis sorciers de la véganerie ont de très bonnes raisons d'agir comme ils le font. Pour eux-mêmes, en assumant les risques sanitaires qu'ils prennent. Mais si leur femme ou leurs enfants en pâtissent? Le martyrologue du véganisme est assez documenté pour qu'on soit plus prudent dans l'affirmation "végane ou rien".

Je ne vois pas grand monde parmi mes amis amateurs de kétamine pousser le prosélytisme à la mesure des veganes. Ces derniers feraient du saut à l'élastique, tout le monde devrait s'y mettre? Parce qu'ils ont besoin de ce petit kick orgasmique pour faire pétiller leur vie, leurs proches devraient prendre de tels risques? Fondamentalement je ne comprends pas l'attitude des véganes: je porte une veste rouge, ils n'aiment pas le rouge, ils m'arrêteraient en rue pour m'invectiver? Que font-ils donc d'autre en assénant leurs pseudo-vérités à qui veut l'entendre ou à ceux qu'ils croisent dégustant un sandwich jambon-beurre? J'écoute volontiers un petit lutin sarcastique sur France Inter: Guillaume Meurice. Insolent comme on les aime! Un vrai délice de chronique chaque jour vers 17h30. Mais dès lors qu'il ouvre la bouche pour parler du véganisme, oh que j'ai honte pour lui! Honte, mais honte! Je zappe le passage (puisque j'écoute en post diffusion), car le petit lutin devient un gnome grimaçant, aux paroles méchantes, peu informées, peu documentées, biaisées et tranchantes. Se rend-il compte, l'aimable chéri, que dès qu'il promeut la défense de la cause animale, quiconque a un peu de bouteille sait qu'il parle de ses propres failles, de ses douleurs d'enfance? Défendre les pauvres animaux avec tant de naïveté reflète que c'est, en lui, l'enfant qui parle et non l'adulte.


(image du site imagine magazine)
Si vous voulez entendre un adulte interroger notre rapport aux animaux, je vous invite à déguster toutes les interventions de la philosophe Vinciane Despret: interviews, articles, livres ou conférences. Il est vrai qu'elle s'intéresse plus aux dispositifs d'enquête sur l'intelligence animale qu'à la problématique des abattoirs. Plus facile d'être rationnel. Dès que je l'écoute, je me sens emportée sur le tapis volant de l'intelligence humaine, de la méthode, de la rigueur, d'une analyse fine et approfondie de chaque thème. Plus rien à voir avec les invectives, amalgames et fatwas de nos camarades susmentionnés. ô joie!

Venons-en à une conclusion pragmatique et ouverte: où trouver des informations pour repenser la mode végane, en français? En anglais, les sources ne manquent pas, et depuis longtemps. Je m'y suis abreuvée pour sortir du macrobiotisme, alors que j'avais si peur de la rechute de cancer que mes copains me prédisaient. Je ne vous relayerai pas les sites anti-véganes, qui ne valent pas mieux que les pro-véganes dans leur brutalité.

Je ne me colle pas à la tâche de démonter le mythe végane, puisque j'ai compris que le choix végane n'est pas nutritionnel ni écologique, c'est un choix aux racines si obscures et si profondes que mes arguments rationnels ne porteraient pas. Les "fiches" que je préparais pour les coachs, fiches reprenant l'argumentaire à opposer aux affirmations vegan: poubelle! Je perdais mon temps.

Pour des sources en français rationnelles et généreuses, rendez-vous sur le blog Le mythe végétarien, animé par un ex-végétar/Lienne (anonyme, on la comprend, elle se protège).

J'extrais un paragraphe qui la résume bien: "(...) pour tenter de mieux comprendre ce qui constitue les fondements de la pensée des militants des droits des animaux. Je crois qu’il est fondamental d’explorer toutes les facettes d’une histoire afin de la saisir dans sa globalité. Alors que j’apprécie » l’intention » de ceux qui choisissent de ne pas consommer de viande, je suis tout simplement en désaccord avec leur logique."

Quelques articles mis en contexte, pour alimenter votre réflexion:


 

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