taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  Pourquoi on aime tant se moquer des véganes


Illu par Pablo Stanley http://www.stanleycolors.com.
31.10 Petit billet rédigé à l'intention des pros de la nutri (d'où le code en titre), confrontés chaque jour à de plus en plus de mangeurs choisissant de devenir végane. L'article est donc succinct, vu que les paramètres de base sont connus des coachs en nutri. Le contexte: il ne faudrait pas qu'une mode alimentaire aberrante obscurcisse l'horizon de celui qui veut devenir (semi-)végétarien, sage et modéré, à l'ancienne. Quelques agruments justifiant pourquoi l'on ne peut que rire du véganisme. En complément de mes autres brouillons sur le blog "végé".
 

Je ne propose qu'un billet d'humeur sur le sujet. Intéressé par un autre regard, chiffré, découvrez un long article en clair dans le Guardian Why do people hate vegans? de George Reynolds, chroniqueur "alimentaire" (?) sur ce site (25/10/2.019). Le magazine Vif belge relaye leur info en français, mais sous forme payante. Je ne valide pas ce choix de titre car la haine ne se trouve pas chez les mangeurs omnivores, mais chez nos amateurs de véganisme. Je préfère reformuler comme dans mon titre de billet.

Remise en contexte si vous débarquez sur mon site. Je ne suis ni végétaRienne ni végétaLienne, mais je le fus - lorsque ce mode alimentaire s'appelait encore "macrobiote". Je connais donc de l'intérieur. Et je connais les véganes depuis plus de 20 ans.

Si ma biochimie profonde n'en pâtissait pas tant, je serais restée végétarienne. Mais hélas! on est deux dans ma carcasse: mon mental et mon corps. Je dois donc négocier.

Je n'ai jamais été végane, le végétalien qui étend ses choix identitaires à tout ce qui l'entoure: pas de cuir, pas de médicaments à base de bactéries, pas de laine, etc. Je serais désormais ce qu'on appelle "flexitarienne" - j'utilise le conditionnel car je refuse ce terme, qui enferme mes rapports à l'alimentaire dans un camp politique. Je suis simplement une personne de bon sens, consciente des enjeux de santé personnelle et planétaire, qui mange un peu de tout, selon les saisons, dans le respect des demandes individuelles de son corps, dans le respect de nos agriculteurs, dans un regard bienveillant vis-à-vis de l'animal.

En outre, je n'aime pas polémiquer, c'est vain. Et j'aime la clarté, dans les termes et dans les intentions. Or, ce mouvement végane me fait rire parce qu'on y cultive le flou le plus total. Je comprends que certains de mes congénères s'en énervent. Je n'irais pas jusque là, ce serait donner trop d'importance à une anecdote de l'Histoire. En rire me fait du bien.

En quoi sont-ils flous? Utile à savoir, car « Quand c’est flou, y a un loup » disait Martine Aubry, la maire de Lille, après les élections des primaires de la gauche. "Loup": comprenez « loupé » dans son sens argotique. Utile aussi car on peut enfin capter pourquoi ce mouvement a prospéré à ce point sur des bases pourtant peu fiables: ils reflètent le grand flou de notre société occidentale, où tout vaut tout, les limites sont floutées entre l'assiette et la recherche d'identité, entre le vrai et le faux, entre le démontrable et l'hypothétique, "où la vérité ne se trouve que dans ce que je crois" (de mémoire, dicton de l'ami Pol-Pot). Ils sont un miroir, en quelque sorte.

S'organiser en camps

Extrait d'un dernier courriel de lecteur: "vous qui êtes carnivore... (suit la question) ". Je n'ai même pas répondu! Je ne suis pas carnivore, je n'en connais même pas autour de moi. Même mon chien, cet ancien loup, ne l'est plus. A la rigueur, je connais par le net la dernière mouvance américaine qui consiste à ne manger que du boeuf et boire de l'eau (le monde du zéro-carb). Une centaine de personnes sur 10 milliards. Pas de quoi définir une catégorie "humain carnivore".

Je suis "omnivore": je mange de tout. Je profite de la richesse de nos étals européens pour m'offrir de la variété, chaque jour. Il y a un peu de carné dans ce grand tout.

C'est une des erreurs de terminologie des véganes, qui signifie leur intention: ils veulent s'organiser en camps: les blancs et les noirs, les bons et les méchants. C'est risible, on faisait ça à la cour de récré quand on avait 7 ans. Etonnez-vous qu'on rigole!

Je ne relaye quasi aucun des sites anti-véganes dont on me donne régulièrement les adresses. J'y vois la haine et la trouille que celles que les véganes veulent instiller en nous séparant en camps. J'y vois peu d'humour. Je ne relaye que les infos du site du Mythe végétarien, sage, drôle, bien informé. Par une blogueuse qui fut végé, tiens, elle aussi. Cela donne du recul.

Le justicier blanc

Je repense à cette dame patronnesse végane dont j'ai relaté l'histoire il y a peu. Si j'avais encore eu l'âme prêcheuse comme je l'avais ily a 20 ans, je l'aurais prise à part. Je l'aurais interrogée sur la source de ses fringues. Car de toute évidence, elle s'habillait en fast-fashion à bas prix. C'est bon pour la planète, ça, ma choupinette? Je suis active pour l'instant dans le monde du textile, qui est infiniment plus polluant que l'agriculture.

Je ne pouvais juger à distance de la production de son maquillage, mais les cosmétiques et la souffrance animale: ce sont de vieux copains.

Je lui aurais demandé si elle aimait le cinéma, si elle regardait des séries sur le ouaibe. La production de films est du vomi de consommation pure pour un écolo, qu'il s'agisse des pubs ou des films à grand spectacle hollywoodien. On y voyage sans réfléchir, on y dépense sans compter (ben oui, on se remboursera sur la bête), on claque un fric fou mais aussi de l'énergie folle. Pour une minute d'orgasme visuel. Pffft!

On peut continuer l'analyse du biotope de la donzelle à l'infini. Le constat sera toujours identique: qui est-elle, que fait-elle, comment vit-elle pour jouer au chevalier blanc de l'univers et me donner des leçons?

L'attachement au véganisme est de l'ordre de la liturgie. Lire mon billet "Le difficile dialogue avec les enflammés de plans alimentaires bizarres"

Prendre les autres pour des cons

Il me viendra bien d'autres raisons, un autre matin d'écriture. La troisième, sournoise, n'est pas relevée par les articles courants que j'ai pu parcourir. Quand j'entends un végane me faire la leçon, j'ai l'impression de me retrouver face à un gamin de quinze ans, fraîchement passionné, qui m'explique la politique au Moyen-Orient. Il est enfermé dans sa propre citadelle mentale et ne pense pas qu'à 60ans, j'ai déjà quelques années de questionnement sur le sujet. Et que, peut-être, j'ai des données fiables à ma disposition, qui me permettent de ne plus oser d'affirmations catégoriques face à un tel m...r.

Oh, mais lui, il a tout compris, il va te nettoyer ça vite fait. De manière similaire, les véganes (adultes! pas d'excuse) m'informent que l'animal est sensible. Ah, tiens, je croyais mon chien en bois. Il ne s'amuse jamais, il n'est jamais triste, il n'exprime aucune émotion. Merci, cher ami, de m'amener à une telle conscience qui était en dehors de mon champ intellectuel jusqu'ici.

Ami végane, ne te choque pas qu'on s'amuse à tirer à la kalachnikov sur tes congénères: il y a du ridicule dans l'air.

Des exclusions sous une cape identitaire

Plus profond, plus émouvant, mais toujours aussi chiant: la parole végane est un étendard identaire.

Blaguounette en coin: Comment reconnait-on un végane? Pas de souci: il vous le dira bien assez vite.


photo reçue d'une lectrice, on ne connaît pas la source
(quand tu es végane et que tu ne l'as pas dit depuis 10 minutes)

Dans le grand flou actuel, où l'on parle même de fluidité des genres, on comprend celui qui est assoiffé de se trouver une identité, de s'individuer (au sens qu'utilise la philosophe Cynthia Fleury, face à "s'individualiser"). Que cela passe par des choix alimentaires n'est pas un scoop, on le fait depuis longtemps: on s'identifie à son groupe nutri de référence. Je suis crudivore, je mange paléo, je suis amateur de bécasses et je chasse, je pratique la méthode Dukan pour maigrir, je revois mes copines aux réunions weight watchers toutes les semaines... On a les cafés du commerce qu'on peut. La vie est si dure.

  Lire mon billet "Les motivations du végétalien/végétarien p. 1: le grand mix mystique"

Avec les véganes, je reviens aux ados: j'ai l'impression de voir ma jeune voisine habillée en gothique, maquillée de noir, la tronche en biais, les pieds traînant sur le parquet. Si sa mère n'avait pas compris qu'elle avait un problème avec son environnement, c'est qu'elle était aveugle. Les véganes sont des ados adultes: il faut qu'ils signifient au monde entier leur nouvelle identité. Et cela au prix de la négation de l'élégance, du goût, du partage, de l'échange social. Eh ouais, comme la petite voisine.

A ce stade-ci, vous comprenez comme on a envie de sourire: amis véganes, vous arrive-t-il de réfléchir? de vous regarder? Amateur de vie et d'assiette en conscience, on ne peut qu'en rire.

Port-Royal est revenu

Depuis que ce mouvement submerge les médias (mais heureusement pas la population), je repense systématiquement au formidable film "Le festin de Babette", film danois basé sur une nouvelle de Karen Blixen (1987). Babette, chef d'un restaurant connu en France, se réfugie incognito au Danemark, fuyant la Commune. Elle arrive dans une communauté luthérienne stricte. Et triste à mourir. Le film joue sur cet incognito quasi jusqu'à la fin, où les talents en cuisine de notre anonyme révèlent enfin un peu de chaleur humaine, apaisent les tensions et les hargnes au sein de la communauté. L'assiette en grâce pour réconcilier les humains...

On peut devenir ronchon quand, enfin libérés de la cléricanaille (terme qu'utilisaient les fondateurs de la Belgique en 1830), on se retrouve avec une bande de curés qui nous fait la leçon, qui joue sur les ressorts classiques: culpabilité, punition, etc.On dirait que, la place étant libre, les véganes viennent tenir le rôle de curé: oh, tu manges de la viande, tu vas mourir jeune, tu vas tuer la planète, tu es un sans-coeur, tu profites des animaux...

Cela tombe bien, la majorité des amateurs véganes sont des femmes (85% selon l'article du Guardian précité). "Si vous rencontrez une femme qui ne se laisse pas culpabiliser... c'est un homme" écrivait Erica Jong, mantra que j'ai souvent repris à mon compte vu que je suis totalement imperméable à ce concept. Des proches ont essayé, à la louche: rien n'y fait. Je me sens responsable, jamais coupable. Bref, celui qui est culpabilisable joue souvent de cette arme face aux autres. La boucle est bouclée. La culpabilité est comme de l'oxygène pour ces personnes: elle ne peuvent imaginer qu'on peut vivre sans.

Ce n'est pas nouveau que l'humain aime se flageller. Enfin, certains humains. Moi j'aime pas. Et j'aime pas quand les autres me le font, en particulier. Tu trouves ton plaisir à te faire du mal? Mais fais, ma chérie. Lève-toi en te culpabilisant, en te faisant honte. Libre à toi. Mais laisse-moi tranquille, s'il te plaît.

Amusant d'ailleurs de voir le succès des hontes: la honte de voler, née en Suède, où l'on se culpabilise de prendre l'avion, par exemple. Ou des vidéos où des péquins énoncent ce dont ils ont honte (avoir acheté ceci cela, par exemple). Que dites-vous de passer tout ce temps de film à énoncer ce dont vous êtes fier? Ce serait plus beau, plus droit, plus vertical, non?

Amis véganes, les curés ont essayé depuis des siècles de nous changer en nous culpabilisant: vous trouvez que ça a réussi? N'essayez même pas! Stratégie non opérante.

Je suis meilleur que vous

Position rare dans les choix identitaires via l'alimentation, où généralement on ne se préoccupe pas de ceux qui ne partagent pas nos goûts, il transparaît dans les actions et les discours des véganes qu'ils sont si tant meilleurs que nous. Ce qui découle de tout ce qui précède. Illustration. J'ai eu un mouvement de recul à la lecture d'un récent mail de groupe: "Chers amis, je ne pourrai pas être des vôtres pour la dînette, désolée. En plus, un barbecue pour moi qui suis végane...".

Analyse de ce mouvement de recul, très éphémère je vous rassure: première réaction, je lui réponds (dans ma tête bien sûr) qu'elle peut très bien apporter ses propres pseudo-saucisses véganes, mais tu as quel âge dis? Deuxième niveau de réaction: me reviennent en cascade toutes les observations que je viens de partager: jansénisme, identité cafouillée, donneur de leçons, entre autres. Je creuse encore mon âme, car ces facteurs ne peuvent être la source de mon petit énervement, pour une fois je ne souris pas. Après une minute, zoup, je laisse tomber, ça n'en vaut pas la peine.

Lors de la dînette, ma voisine de table (jeune) me décode: elle sous-entendait que, méprisants, on n'a même pas pris en compte le fait qu'elle peut être heurtée par le concept même du barbecue. "Et si toi ça te heurtait?" me dit ma nouvelle copine de table. Mais ma chérie, si je suis heurtée par le mauvais goût de ta décoration? Par le fait qu'on doit se taper ton mari, si casse-pieds, si lourd, à chaque dîner? Si je suis choquée quand tu portes du rouge, car je ne supporte pas cette couleur...

A ce compte-là, on n'en finit pas de se laisser envahir par les peines de coeur des camarades qui n'ont pas réglé leurs petits soucis d'existence. Comme celui où l'enfant intérieur ne digère toujours pas les violences subies jeune. Car il faut bien en parler: défendre avec tant de virulence le bien-être animal et agresser à ce point les "prédateurs" ne traduit que la volonté d'exprimer au monde que, petit, l'on a été victime d'un de ces prédateurs. A l'âge adulte, si l'on utilise son intelligence, si l'on ne se fie pas qu'à des émotions limbiques enfouies, on sait que l'humanité est une tragédie en soi, que l'homme est un virus pour la planète, qu'aucune population n'a survécu prospère sans utiliser de produits animaux et que, malgré tout, on peut négocier un rapport de servitude honorable pour l'animal.

Rayon prédateurs, ça m'amuse d'observer le parallélisme entre le mouvement "Me too" et la défense de la cause animale. Les deux remettent en cause un modèle de prédation

Voilà, j'aime qu'on soit clair dans ses intentions, alors dites-le: je ne supporte plus ce modèle de prédation masculine, valorisé au point qu'il est impuni. Je voudrais plus de respect, plus d'écoute, plus d'attention aux plus faibles d'entre nous. Ne déguisez pas cela sous des invectives culpabilisantes (et donc vaines), sous des discours flous, peu documentés, en tout cas injustifiables.

Pinocchio, t'es même pas mignon

Car oui, les discours véganes sont truffés d'erreurs méthodologiques, de données faussées, de mésinterprétation de l'histoire alimentaire. Au point qu'on pourrait croire que le mensonge est devenu organisé. Ce mensonge d'état végane (n'oublions pas qu'ils ont l'intention politique d'imposer leur choix au monde entier, c'est déclaré noir sur blanc, je n'exagère pas quand je les mets dans le même panier que les naïfs tentés par daesch) est bien le seul point qui ne me fait pas rire. Je n'arrive tout simplement pas à le tourner en blague, ça m'insupporte. Mais je ne voudrais pas vous imposer les petits soucis d'existence personnels que je n'ai pas encore réglé avec le mensonge. J'en terminerai là pour aujourd'hui.

La suite

Je continuerai sous peu, ce sujet est une mine d'or pour qui veut regarder la vie les yeux grand ouverts. On envisagera la crypto-anorexie ou crypto-orthorexie des véganes, qui trouvent là une jolie cape pour déguiser leur volonté de surcontrôler leur assiette ou leur désir d'exclure l'autre de son environnement. On traitera du choix végane pour maigrir, tout simplement, aussi déguisé sous des intentions louables. Mais on reviendra toujours au constat de base: le véganisme est lardé de mensonges. Sur soi, sur ses croyances, sur ses intentions.



La seule motivation du végétalien, plus exactement de la végétalienne (sorry, girls!) dont je ne me gausserai pas: la crédulité. Lire le billet.

 

Le pitch est et restera: végane, c'est inane; végé? bonne idée! Voir le poster.