taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  Comprendre le tourbillon d'émotions et la tentation végane

10.11 Suite de mes billets "comprendre les motivations du véganisme". Pour penser pourquoi nos sociétés urbaines occidentales sont dans la tentation végane, je propose une petite conférence de mon camarade philosophe Frank Pierobon: L'animal, l'humain, le divin.
 

 

Je cite « urbaines occidentales » car vous vous doutez que les migrants débarquant ici du fin fond de leurs campagnes nous regardent tout ébaubis. Expérience  vécue : ils nous trouvent un peu fous dans ce mode famine auto-imposé en société d'abondance, mais le disent en termes plus polis.
Je rappelle, si je l’ai mal exprimé jusqu’ici, que, dans le dossier du moment végé/végan, je m’en prends aux chefs de horde véganes . Et non pas aux jeunes filles émues par des vidéos choquantes sur les réseaux sociaux, qui se questionnent sur la condition animale et  qui ne voient pas quoi faire d’autre face au tourbillon émotionnel que : manger végane, c’est  à dire arrêter de faire souffrir pour se nourrir. Tout comme, en débutant en cuisine saine, on cherche à cuire sans nuire. Pour la plupart: le plus facile est de manger tout cru. Jusqu’au moment où on se retrouve les papilles désolées, les amis refusant les invitations, la digestion en berne et le mental en papillotes. On comprend alors que la cuisson a du bon. Fin du détour. Je voulais signifier que le ressort végane est évident pour un novice, c’est le passage obligé. Mais ce mode alimentaire ne réussit pas à tous. Raison d'être de ce blog et du livre à venir d'ailleurs. Si manger végane était l'équivalent de s'habiller de T-shirts noirs déchirés, peu me chaudrait: fais ce qu'il te plaît. Je me contenterais de 2 réponses: ne me force pas à m'habiller ainsi et ne te promène pas quasi nu en hiver, tu vas choper une bronchite.

Un coach en nutri qui doit aider une jeune végane qui se fourvoye (ici et maintenant, elle n’est pas en état de tester ce mode alimentaire) doit pouvoir accueillir les émotions profondes qui l’ont tourmentée au point qu’elle a quitté les habitudes du cercle familial, les traditions ancestrales, les goûts acquis pour devenir végane, parfois du jour au lendemain. Je suis venu, j’ai vu et j’ai pas vaincu : personne ne me convaincra qu’on peut se régaler en mode végane, j’ai essayé tant et tant de recettes à l’époque !  Je ris encore de voir cette vidéo d’un végane célèbre, animateur radio, qui, très fier, fait goûter ses desserts à un chef. Ce dernier, très sympa et sans ironie, énonce : « C’est presque bon, dis donc ».

Pour pouvoir accueillir ces émotions profondes de notre jeune végane, il ne suffit pas d'entendre qu'elle est inquiète pour le climat et que, dans les suggestions pour le protéger, on cite toujours "arrêter la viande" (hihi). Cette réaction est presque anecdotique, car le rationnel en aura vite raison: deux trois paragraphes pour lui expliquer, factuellement, que c'est un mensonge.

Il faut aussi comprendre d’où ces émotions parlent : celui qui les ressent n’est plus tenu par les protections symboliques, liturgiques, qui nous permettaient jusqu’ici de supporter la cruauté d’être un humain. Et ainsi, il vit des émotions à vif pour lesquelles il n’y a pas de réponses soit pragmatiques et politiques soit conceptuelles et philosophiques. Il ne suffira pas de lui dire que ce plan végane n’est pas équilibré, qu’il s’est fait du mal, que ce n’est pas tenable. Il faut prendre en compte les ressorts très très profonds de cette attirance.

Si on retire à notre jeune végane du début sa solution pour ne pas devenir folle (l’alimentation), il convient de lui offrir une autre planche de salut. Dans le livre à venir, je propose un regard latéral  sur les discours habituels en Végéland, mais je ne peux offrir de solution alternative, cette planche de salut. Chacun creusera l’ornière qui lui convient pour remplacer l'étendard alimentaire par un autre : il le fera seul, à l’aide d’un psy ou accompagné par un coach. Si ce praticien est un référent en profilage alimentaire, ce dernier aura probablement lu mes billets. Il aura élaboré une posture d’accueil de ces émotions plutôt qu’une opposition, ce qu’on observe quasi toujours chez les nutritionnistes.

Je ne peux proposer de voie particulière pour ces douleurs d’âme car les options sont trop multiples. En outre, mes livres se concentrent sur les solutions pragmatiques, dans l’assiette. Ici, on voit bien qu’on n’est plus « dans son assiette », dans tous les sens du terme. Le tact du thérapeute sera essentiel.

Dans la conférence enregistrée que Les mardis de la Philo vous proposeront sous peu sur YT, mon ami Frank décode ce qui se passe en amont. Il décode de très, mais alors là de très haut : au niveau mythique. J’adore ! Tout est pesé, calibré dans ses conférences (philosophe oblige), mais je vous  la fais simple, forcément réducteur en deux à ronger.

1/ Quand la religion tombe, la violence stimagtisante reste. Nous avons perdu les protections symboliques que je viens de citer.  

2/ Nous nous sentons exilés du vivant par les machines, au même titre que les animaux. L’empathie a pris le dessus sur la raison.

Au cours de ce cycle complet, vous découvrirez qu'on peut s'intéresser à la condition animale et réconcilier les contradictions parmi les philosophes en vue (Singer, Burgat, etc.). Frank parlera probablement plus tard du bouc émissaire, du meurtre originel de Cain et Abel, de la peur de se voir manger puisqu’on s’autorise à manger « le même » (qu’on ne voit plus comme « l’autre »). Bref de ces facettes multiples que j'ai entendu Frank élaborer depuis qu’on discute ensemble de ce que le véganisme vient nous dire. Et qu’il est essentiel de comprendre si l’on veut comprendre la tentation végane.

Une parenthèse terminologique.  Quand Frank emploie dans ses conférences le terme  "carnivore", le mot est dit dans un contexte qui n'est pas celui, très polémique, des végans et consorts qui établissent des camps entre eux et les «carnistes ». « Carnivore »  est ici d'abord technique. Ce terme s’oppose  à herbivore dans sa démonstration (où il est essentiellement question des animaux domestiqués, d'élevage) - et permet de  décalquer l'opposition sauvage/domestiqué – où les animaux sauvages carnivores (dont la nature à l'état pur) n'ont aucun scrupule à manger les autres.


En attendant la publication de la première conférence en clair, que j'annonce ici dès qu'elle est dispo, écouter la présentation du cycle L'animal, l'humain, le divin par Frank Pierobon, en 3 minutes :