taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Le difficile dialogue avec les enflammés de plans alimentaires bizarres

Billet spécial pour les auditeurs et les praticiens, faisant suite à mon précédent billet: "le grand mix mystique". Ce billet n'est pas destiné aux pratiquants. Comme dans le dossier sur le sujet de la "naturologie douce", l'article s'autodétruira si vous n'êtes pas assez formé en nutri pour le lire... Je suis ici hors de mes critères habituels (food, food, and only food), car le choix d'une dérive alimentaire comme chemin de vie ne relève pas d'un choix de santé, mais bien d'un court-circuit du mental dans le domaine psy, religieux ou sociologique.

Un praticien qui veut aider un rescapé du veganisme ou du cru doit se rappeler que l'appel du cru et du vegan est un appel de rituel et non une recherche nutrimentaire. Comme le dit joliment et crument Robert Masson dans son dernier interview (juillet 2016), je cite de mémoire: "porté par les ailes du spiritualisme, le végétalisme mène au cimetière d'enfants". Face à un pratiquant ou un rescapé, on n'utilise pas les mêmes termes, le même ton, les mêmes outils que face à un mangeur lambda, car tout en voulant s'en sortir, il en garde des séquelles, ne fut-ce qu'au plan des croyances.

Laissez-moi illustrer pourquoi je peux affirmer que ce choix est religieux par essence, à l'aide d'un exemple. Je suis passionnée de teintures végétales depuis deux ans. Si je suis un stage chez un professeur dans ce domaine, si ses échantillons me semblent tristounets, de couleurs sourdes ou tachés, j'aurai déjà un petit sursaut de recul: aheum, soyons prudents. Si je suis sa méthode et si mes laines perdent leur couleur en quelques mois, j'arrête de suivre le bonhomme. Du bon sens, hein? Il en va de même pour toutes les techniques picturales. "Pas besoin de préparer les toiles, peins directement dessus..." ce que je fis, prête à entendre toutes les voies alternatives qui m'enchantent et pas encore assez érudite en histoire de l'art. Pour voir ma peinture craqueler en quelques mois et tomber du support.

Cherchez autour de vous, vous trouverez mille et un exemples de ces bizarres techniques, promues par des amateurs, mais peu suivies car si peu efficaces. Une exception: les techniques alimentaires des prêtres autoproclamés des nouveautés en nutrition. Voilà des gars qui ont mauvaise mine, quand ils ne sont pas délirants. Les vegans sont tout gris, et généralement violents, je les ai déjà fréquentés déjà avant 2000. Les crudis sont anorexiques et décharnés, les yeux allumés.
Voilà un système qui, après un premier sursaut de bien-être (normal, manger cru en particulier équivaut à jeûner puisque le corps ne métabolise quasi plus rien; on ressent alors tous les bénéfices du jeûne; manger vegan équivaut à éviter quasi tous les réactogènes actuels) provoque plus de dégâts organiques qu'il n'en a réglés. Ben oui, tout comme chez les anorexiques: premier sursaut puis dévitalisation progressive.  

NB. Je fus crudivore à mon heure, après avoir lu le livre du professeur Seignalet vers 2000. Je n'ai eu besoin que de deux mois pour me rendre compte de l'inanité de ce plan: les premiers signes de flanchitude de mon organisme m'ont poussée à m'interroger sur les fondements de cette mouvance, sur son historique, ses réussites et ses échecs. Formid', à l'époque l'internet américain était déjà riche d'infos. Je suis vite revenue aux essentiels, dont Masson. C'est pour l'avoir vécu que je voudrais interroger les autres crudis apprentis: il n'est tout de même pas possible qu'ils ne sentent pas la branche qui se fissure? tout est rose au pays du cru? C'est pour moi à nouveau un signe que l'on est dans le psy ou le religieux, car le déni est au rendez-vous. Comme des addicts, eh oui.

Voilà un système qui a un tel historique qu'une simple recherche curieuse sur le net en ces années 2015 permet de trouver tant et tant d'exemples des martyrs du cru ou du vegan - que ce soit en anglais ou en français (les livres de Robert Masson ou mes propres mises en garde). Et pourtant, les pratiquants s'accrochent à cette méthode comme des moules à  une estacade.
Les bras nous en tombent... sauf si l'on sait qu'ils sont tenus par leur "sauveur" via la liturgie. Le rationnel n'a plus de place. C'est très différent de la situation avec mon prof' de teintures végétales ou de peinture à l'huile. Les naïfs ou les âmes en peine sont attirés par ces mouvances parce qu'on leur présente dans une jolie confusion quête spirituelle et recherche d'un mieux-être physique par l'alimentaire. Il n'est que de lire les commentaires des crudis ou vegans sur les forums: aucune logique, ce sont des croyances à l'état pur, des marques d'attachement irrationnel au gourou, des échanges religieux.

Encore une preuve que  nous sommes dans la liturgie pure: lorsque l'on présente à ces pratiquants des preuves que leur gourou est un tartuffe, soit un imposteur doublé d'un menteur, ils les nient. Tout comme Orgon  dans la pièce de Molière... Faites-vous plaisir et revoyez la pièce avec Galabru, génial dans le rôle de Tartuffe. Un extrait ici, un autre là.

Liturgie pure? Les discours ne tiennent pas face à une analyse pondérée. Je ne connais pas un praticien formé à la nutri qui ait tenu plus d'une minute à écouter les vidéos de casas en particulier, tant le discours est catégorique, peu subtil et surtout très peu informé. Il prend des mots dans le dictionnaire de la naturopathie, il les mélange et en fait un beau salmigondis qui n'a ni queue ni tête.

C'est un cas de figure qui me passionne sur le plan sociologique. Partisane, je comprends que des dizaines de milliers d'Américains soient tombés dans le panneau du crudisme vegan. Normal, hein? Ce sont de grands enfants, ils voteront même donald trump. Mais en France! Le pays de Descartes, des philosophes, de la culture! Le pays où tu peux parler littérature avec ton facteur...
Comment une partie de la société peut-elle porter une telle foi à un gars qui n'a aucune crédibilité, pas de formation, ne connaît rien à son sujet de prédilection, a un  historique inventé de toutes pièces, qui se base sur un système qui a déjà fait les preuves de sa toxicité à moyen et long terme et change d'avis comme de vidéo (selon mon informateur)? Et qui ment comme il respire? Certes, tous n'ont pas un pif à menteur comme je l'ai, mais en quelques minutes de vidéo, j'ai pu le voir comme le nez au milieu de la figure.

Ces suiveurs de gourou ont tous été à l'école de la république, pourtant... Enfin quoique... Je m'en sors généralement par une pirouette: " si le prof fait croire aux gamins qu'on peut marcher sur l'eau, ne sois pas surpris de voir à quoi ils croient à l'âge adulte".

Cette remarque vaut autant pour ceux qui croient au spiritualisme que pour ceux qui croyent au matérialisme ou au scientisme. Le scientisme, c'est fini ma chère. Mais non, il y a encore des croyants!
Ah, elle se sent bien seule, la jeune ado que j'étais, abonnée aux Jeunesses scientifiques belges où je passais mes fins de semaine au lieu d'aller danser ou patiner comme les copines.
Un exemple dans notre contexte du jour: des gaillards s'affichant comme "artistes du doute" publient une vidéo critiquant le Mélliflu. Eh bien ce dernier n'a rien à craindre car les zététistes en question tiennent un discours carré, sans nuances, mal informé ou pas informé du tout; ils critiquent des domaines qu'ils n'ont même pas pris la peine d'étudier; ils ricanent comme des collégiens; ils balancent au spectateur des mantras aussi peu justifiés que ceux "du camp d'en face" et raisonnent précisément en "camps". Esprit parfaitement antiscientifique... l'inverse de ce qu'ils veulent propager. C'est du bouvard et pécuchet de la plus jolie mouture...Ceci n'est pas un jugement final, je n'ai regardé qu'une des vidéos, qui sait s'ils ne sont pas plus performants dans les autres?
Heureusement, j'ai des restes d'interprète de conférence, je peux faire deux choses à la fois. Sinon, j'aurais perdu une heure de ma vie (je l'avoue, je me couvre de cendres, je n'ai pas tenu plus d'une heure à écouter ces propos de café du commerce).
C'est en les écoutant qu'on prend la mesure de la finesse, de l'intelligence, du respect d'un Robert Masson dans sa récente interview (voir mon billet): pas d'attaque ad hominem, un discours rationnel, basé sur la théorie doublée des faits. Chapeau, l'artiste!

Amateurs comme moi de rigueur, de méthode et d'honnêteté intellectuelle, ne désespérez pas des jeunes générations. Je me fais souvent l'impression d'une vieille mémé lorsqu'on m'envoie des vidéos comme celle que je viens de commenter, car ma première impression est que ces jeunes générations fument trop - et pas que de la bonne - tant ça vole bas.

Et puis je me reprends et je vais déguster l'une ou l'autre vidéo du parfaitissime David, de Science Etonnante, comme "Crétin de cerveau ! #1 — L'effet de Halo" .
J'ai mille et un arguments à offrir pour représenter l'inutilité du crudisme ou du veganisme, arguments que j'ai repris dans les dossiers ad hoc, brouillons des livres à venir à l'intention des praticiens. Mais je n'ai aucun outil pour développer la liberté de penser.

Je ne serai pas celle qui freinera le mouvement avec mes petits bras tout seuls. Autant espérer arrêter la vague anorexique, portée par tant et tant de sites prônant cette '"victoire sur soi". Autant essayer de décourager mes copines d'essayer le dernier régime miracle qui leur fera perdre 10 kilos... pour en reprendre 15. Autant vouloir convaincre les amateurs de grigris de la vanité d'y dépenser leur bel argent. Autant... autant... autant...

Je ne serai pas celle qui s'attaquera à l'un ou l'autre gourou à titre individuel, car il ne s'agit que d'une engeance. Un manipulateur chassera l'autre. Qu'ai-je à dire à un casasnovas ou à un durianrider? Rien, si ce n'est qu'ils devraient faire de la politique avec un tel bagout! Le gars casas en particulier te ferait prendre ta femme pour un chapeau, il gagnerait une élection haut la main. Normal, comme tous les déviants psy, il est hyper convaincant. De là à le dire charismatique comme je l'entends, il y a de la marge. On confond toutes les notions, ma parole...

Ceux qui voudraient se faire les dents sur le gugusse trouveront dans ce dossier les adresses de page des articles de rue89 et son vrai cv sur une page googledrive, cv aimablement partagé par klemeth en cette mi-2016.

En revanche, j'ai beaucoup d'empathie pour les victimes lorsqu'elles veulent se requinquer. Je voudrais trouver des outils et des techniques pour les remettre sur pied. Je collecte pour l'instant les témoignages de praticiens qui ont pu aider des vegans ou des crudis au sortir du labyrinthe. Je les synthétiserai dans le livre à venir:


 

Les jours pairs, l'empathie fait place chez moi au sourire. Les naïfs qui suivent des mouvements ineptes un peu trop longtemps pour leur bien pouvaient se renseigner avant de risquer leur santé - ce qui est, accordez-le moi, autrement plus aventureux que de risquer de rater une teinture végétale. Tout comme un acheteur leurré par des annonces alléchantes sur internet pourrait vérifier certaines données techniques avant de donner son bel argent à de futés Chinois. Je voudrais partager une page hilarante sur 14-personnes-qui-ne-commanderont-plus-jamais-sur-internet:

Sur le même modèle, on pourrait reprendre les repentis du cru ( je fus crudivore à mon heure, rappelons-le à tous les coins de paragraphes). Je ne suis pas sûre qu'on rirait autant, mais au moins on désactiverait cet esprit de sérieux des pro et des anti sur le sujet. Le crudivore ou le vegan qui se fourvoie a probablement eu besoin de ce chemin pour s'identifier. Il trouvera toujours une main pour l'en sortir, un coeur ouvert pour le rencontrer là où il est, à l'instant où il en a besoin, dans le respect de son essence propre.

Si vous souhaitez vous retrouver dans ce que vous mangez plutôt que de nourrir les rêves d'un gourou, je reprends des noms de personnes que j'ai rencontrées et formées et dont je sais le respect de l'autre et les connaissances en nutri. Voir le chapitre référents.

 


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