taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  Leurre et malheurs* du véganisme

26.12 * J'adore le titre de l'auteur et chercheur Olivier Rey: "Leurre et malheur du transhumanisme", éd. Desclée de Brouwer. Et son discours sur le transhumanisme pourrait presque se réfléter sur le véganisme: un bruit considérable dans les medias et sur le net alors que les tenants de ces mouvances sont une infime minorité, très spécifique. Où je glisserai l'idée que, se croyant rebelle à la société de consommation, les véganes en sont les suppôts.
 

En préambule, je vais répéter l'essence du dossier en cours: vive le végétarisme de bon sens, équilibré, sociable, humain et gardons-nous des zozos prônant le véganisme, qui n'est qu'une cure de drainage équivalant à un jeûne. Qui jeûnerait en permanence? Je suis heureuse à un point, mais à un point! de voir qu'enfin une société entière veut bien envisager manger moins de viande. Pour autant, pourquoi donner tant de foi à de tels extrémistes?

NB. Je ne répète pas ici en quoi le véganisme tenu plus que quinze jours est une prescription de malheurs. Tout le dossier en cours y est consacré, mon livre à paraître en sera une illustration.

Leur discours est fondé sur des illusions (le "leurre" du titre), que l'on démonte en trois coups de cuiller à pot. Aucun argument ne tient la route.

Il est aussi basé sur de l'émotionnel pur (merci les réseaux sociaux d'avoir raboté ainsi la logique de citoyens pourtant éduqués à la belle école de la république). Nourris d'illusion et d'émotion, les plus intelligents des discoureurs mélangent les arguments. Prenons pour exemple un échange entendu en radio récemment.

-- Un des chroniqueurs: "il faut ne plus manger de viande pour sauver la planète",

-- ce à quoi la journaliste mieux informée rétorque par les arguments habituels démontrant l'inverse et en terminant par "mais c'est l'élevage intensif qu'il faut arrêter, c'est sûr" (ce avec quoi nous sommes tous d'accord, ainsi qu'avec le fait qu'il faut manger de la viande une à deux fois par semaine, pas plus).

-- Le chroniqueur, pourtant tout à fait fin et éduqué: "justement, les conditions d'abattage sont effroyables".

Mais ça n'a rien à voir avec le fil de discussion, choupinet! Tu parlais de la santé de la planète, et tu sautes immédiatement à un argument d'émotion. En outre, quel amalgame! Pour une photo d'abattoir dantesque, zoup, on amalgame à tous.

Parfois on ferme les yeux pour ne pas voir une horreur. J'aimerais avoir des paupières d'oreilles: je les fermerais dans ces situations, tant j'ai honte face à ces discours. Honte doublée de compassion, car j'imagine le tourbillon chaotique de leur vie intérieure. Ne vivre que d'illusion et d'émotion incontrôlée, aie aie aie.

Le coeur du billet est autre part: pourquoi tant de ramdam sur le véganisme alors que si peu de gens pratiquent? En tout cas tiennent la distance après un petit essai. On pourrait faire autant de bruit autour du végétarisme, mais c'est le véganisme qui tient le pompon (la "floche" du manège, en belge).

Primo, le véganisme transforme de l'intérieur l'homme en le rendant cassant et sectaire. Curieux, mais fait observé depuis 30 ans par bibi (voir le billet "Fatigue, nervosité, dépression"). Dans cet état, on a tendance à crier plus qu'à parler, à penser en cube et en binaire plus qu'en discours chantourné. Chouette pour un média, qui est pris dans le tourbillon actuel qui veut qu'on "fasse le buzz": faisons donc état de ces crieurs à la pensée en monoculture.

Ce mien argument me semble faible. Je penche plutôt pour le suivant.

Secundo. C'est rien de dire que les gens ont peur pour le moment (refrain de mémé: pas étonnant avec facebook qui vit au bord de la Haine et de la Trouille... voir la fin du billet ad hoc). La peur est mauvaise conseillère, je suis un expert en angoisses depuis 63 ans, je parle depuis le terrain. On a essayé de faire passer le message dans une vidéo, mon copain philosophe Frank et moi-même: Ce que le véganisme vient nous dire. Ce mouvement n'est à mes yeux que la manifestation d'une peur ancestrale, profonde, qui n'est plus canalisée par les mythes quotidiens, ces mythes qui ont toujours aidé l'homme à survivre et à faire face à la tragédie de l'humain. Et merci encore les réseaux sociaux d'avoir détaché l'humain de tous les cercles qui le tenaient droit: la famille, les ancêtres, l'école, les corps intermédiaires même. Ils ne sont pas seuls, mais facebook & Cie ont bien nourri le flux: couper la confiance, isoler le péquin. Ah c'est sûr que tu as plus peur tout seul dans la forêt sans pouvoir tenir la main d'un copain, sans entendre les autres chanter avec toi pour se rassurer.

Ce qui me fascine bien plus: qui a intérêt à entretenir cette folie végane? J'analyse avec l'oeil de la lobbyiste que je fus (chez un cigarettier). Contrairement aux végétariens de bon sens, la plupart des véganes ont recours à des concoctions industrielles faisant substitut aux produits habituels: pseudo-saucisses, faux-mage pour remplacer le fromage, sojateries en tout genre. Ils s'échangent des bons plans pour les sources les moins chères, en magasins discounts, sans porter grande attention à la qualité intrinsèque. C'est grâce à leur échanges sur les forums qu'on peut décoder ce qu'ils mangent vraiment au quotidien. Je ne me fie pas uniquement aux jolis menus d'une blogueuse qui se dit végane et qui, justement, veut faire joli. Il suffit aussi de regarder les rayons véganes d'une grande surface: rien que de la pâtée pour chien. Je connais, merci, j'ai vu et j'ai pas vaincu. Je répète que je fus végane un temps.

Quel allié formidable pour l'industrie! Ils démontent le monde paysan à l'ancienne, qui travaillait en polyculture: la culture des céréales et légumes était entretenue par les animaux de la ferme. C'est exactement ce que l'industrie souhaite: monoculture, miam miam. Ils valorisent les produits industriels, là où les nourritures vraies retrouvent un peu de brillance dans le grand public. Parfait comme relais médiatique pour les industriels.

N'est-ce pas amusant? Se croyant rebelles à la société de consommation, ils en sont les suppôts.

Pour terminer, une remarque en coin: si un végane croit sauver la planète, il faut aussi qu'il pense d'autres pans de son quotidien que le "sans viande" (large discours écologique sur l'électricité et l'eau). En particulier, qu'il pense à ce qu'il rejette dans les eaux naturelles par ses déjections propres. Un végane au long cours ne tient la distance qu'à coup de médicaments (depuis les stéroïdes et les antidépresseurs jusqu'aux multiples compléments qui compensent les carences de ce système). Il pollue les eaux au même titre que sa voisine, madame Michu, qu'il tance d'un oeil si sévère. Hihi.