taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Torturer les statistiques: une leçon de discernement

10.12 Je répéterai à l'envi ma rengaine: si jusqu'il y a peu on pouvait dire que l'amour était la seule chose importante dans une vie, il faut désormais ajouter: " le discernement est la qualité essentielle pour survivre dans cette marée d'informations contradictoires" .

On m'envoie un article sur le danger de manger lowcarb au long cours. En italien. Peu utile pour la plupart d'entre vous. J'ai trouvé un article en français "Nutrition : quelle est la dose « juste » de féculents ?" qui relaye cette étude parue en août 2018, dans le Lancet, mais sans la citer. Ce que je fais illico: Seidelmann SB, Claggett B, Cheng S, et al. Dietary carbohydrate intake and mortality: a prospective cohort study and meta-analysis. The Lancet Public Health 2018. 16/8/2018. C'est l'étude que l'on met en avant pour justifier qu'il faut manger 50% de glucides pour vivre 3 ans de plus que les autres sujets; c'est l'étude qu'utilisent tant et tant de sites pour relayer l'info que "low-carb diets could shorten lifespan".

Je suis bien d'accord que les régimes excessifs comme végane ou céto portent des défauts tels que je ne les conseille qu'en cure. Mais je n'irais pas jusqu'à mentir au public pour faire passer mon idée.

Premier réflexe: l'auteur? L'article est écrit par "Julie P." En cherchant bien sur le site, elle est annoncée comme "Journaliste scientifique, Spécialiste de l’information médicale. Passionnée par l’actualité scientifique et les nouvelles technologies". Bravo pour elle. Son diplôme? Sa formation? N'importe qui est journaliste scientifique s'il a passé son bac S. Pourquoi confier votre santé et votre assiette à une gamine sans réel métier?

Secundo, cette étude est relayée par mille et uns sites anglophones. Vous savez, j'imagine, que désormais sur le net les articles sont rédigés et partagés par des robots doués d'intelligence artificielle. Ils trouvent un titre qui attire, et en font leurs propres titres attrape-gogo. Il faut plutôt trouver un des auteurs de la sphère qui pense encore et découvrir comment il décode l'étude. C'est fait par Zoe Harcombe dans son article Low, moderate or high carbohydrate? datant du mois d'août 2018.

Plusieurs défauts majeurs à ce genre d'étude. Elle s'est basée sur ce que les mangeurs se rappelaient avoir mangé les années précédentes. Essayez pour votre cas, vous verrez comme c'est fiable! Ces études d'observation sont notoirement erronées dans leurs résultats.

Ensuite, l'étude n'a pas pris en compte la qualité alimentaire, mais uniquement les proportions de lipides, protides, glucides. Oh que c'est vain! Manger low carb ou végane en plastiproduits n'a strictement rien à voir avec le même plan en nourritures vraies. Incomparable.

On dit qu'il suffit de torturer les statistiques assez longtemps pour les faire parler. C'est ce que font ces chercheurs, qui comparent par exemple des pourcentages trouvés au sein d'une vaste population à 50% de glucides (+-6000 personnes) avec une part minime qui mange 30% de glucides (+- 315 personnes). Et ils mettent en regard les proportions de l'un et l'autre, sur le même pied. Mais un enfant ne ferait pas ça, voyons! Voir la comparaison au ski qu'utilise Zoe Harcombe.

Et enfin, les personnes qui mangent soit très low carb soit très high-carb et qui seraient à risquer de mourir un peu plus tôt n'avaient-elles pas choisi ces plans parce qu'elles étaient victimes de maladies à risque? Cela équivaut à comparer mon risque de mortalité à marcher sur le trottoir, calmement, avec celui de mon copain alpiniste qui trottine sur les toits de la ville.

Le pitch? Flop!

Je n'aurais pas relayé cette étude si le coeur de mon boulot n'était pas de travailler mon propre discernement et de partager mon périple avec les lecteurs de ce blog.

Ecouter comment le cardiologue britannique Aseem Malhotra réfute cette étude (sous-titres anglais fidèles):

 

 


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