taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

La paléo pour guérir une SEP, modèle Wahls?

24.3.19 Je réponds ici à une question de lectrice sur la justesse d'un régime paléo pour une maladie chronique proche de la SEP (sclérose en plaque). L'échange a eu lieu sur le forum greenshop que j'anime avec ma fille Julia Arman, dans le chapitre "Canaris de la modernité" car toute la discussion y traite des fragilités accumulées au fil des régimes mal ciblés. Ma réponse concerne toutes les cures en général, et la paléo en particulier. La voici donc dans le blog ad hoc.

Nathalie:

Je lis "nourritures saines" et "quand j'étais vieille" en boucle. J'ai l'impression de lire mon parcours concernant les aventures désastreuses au pays des régimes (j'ai eu ma période MIAM, cru, vegan, ... toutes ont été un désastre pour ma santé). Je suis épuisée depuis que j'ai 20 ans, nombreux problèmes gastriques au départ associés à la fatigue chronique. Puis un réel mieux autour de mes 30 ans. Je courais le semi-marathon et j'ai eu 2 enfants. Puis je me suis fait vacciner contre la grippe H1N1 à la sortie de la maternité et là, je n'ai pas refait surface depuis.

Troubles neurologiques (Lyme ou SEP, les médecins ne sont même pas d'accord entre eux), déséquilibres hormonaux avec ménopause précoce (j'ai 43 ans dans 1 mois), problèmes de circulation avec les doigts qui gonflent, épuisement, cerveau embrumé, douleurs musculaires et articulaires, problèmes de sommeil ... bref, pas joli comme tableau. 

Je mange sans gluten et sans lactose depuis des années. J'ai bien conscience que ce n'est pas terrible mais quand je prends ne serait-ce qu'un peu de beurre (cru bio marque Gaborit), j'ai des douleurs. Idem quand je mange du boeuf. Dois-je donc éviter ces aliments définitivement ? D'ailleurs, à propos des aliments qui donnent des réactions, que pensez-vous des tests pour détecter les intolérances ?

Par rapport à l'alimentation, en ce moment, c'est la grande mode du régime paléo. Il me semble d'ailleurs que c'est le sujet d'un de vos derniers ouvrages avec des recettes. Je comprends l'intérêt mais, dans le régime paléo, on n'est pas dans un régime sans éviction puisqu'il s'agit de ne pas manger de céréales, amidons, ... Vous dites que c'est pour des profils plus costauds que le mien. Or, Terry Wahls a soigné sa SEP avec un régime hyper restrictif (elle est quand même sortie de fauteuil roulant !). Du coup, je me pose des questions sur le bienfaits des céréales. D'ailleurs dans vos livres, vous évoquez un régime semi-dissocié ou les céréales sont réduits. Je me demande quoi faire ...

Autre question : vous écrivez souvent que pour les personnes épuisés chroniques avec un tableau semblable au mien, l'alimentation seule ne suffira pas. Vous pensez à quoi ? Les 5 repos ? une prise en charge psy ? gestion du stress ? un traitement médicamenteux ? ...

Je suis contente de lire que la ménopause précoce peut éventuellement se corriger car, comme la personne précédente, c'est quelque chose que je vis très mal.

Merci pour tous vos écrits qui m'apportent beaucoup.

Ma réponse

(réponse à la volée, forum oblige - corrigez svp les erreurs grammaticales)

bonjour, je peux répondre à vos questions factuelles mais de façon anecdotique car un cas n'est pas l'autre

1/ terry wahls: primo personne ne connaît vraiment son histoire, secundo pour une wahls il y a mille personnes d'un autre profil, d'une autre histoire, d'une autre constitution. Nous tombons dans le piège de l'hypermodernité connectée. Il y a cinquante ans, nous n'aurions connu que nos voisins de quartier ou de village, et des membres de la famille étendue que l'on croisait aux fêtes familiales. A la rigueur nous aurions reçu dans le courrier des publicités pour un bracelet de cuivre miraculeux qui guérit de tout. Parmi ces contacts, il y a une chance sur dix mille pour que nous ayions eu une tante Michou de la trempe de wahls, il y a peu de chance que, éduqués, nous aurions eu la naïveté de croire la pub postale. Et si on avait une tante Michou, on pouvait la voir évoluer, connaître son histoire réelle. Résultat: on ne se comparait pas à de l'impossible, si pas de l'invéridique pour être poli, comme on le fait aujourd'hui avec le net. J'aime les histoires à la wahls, car elles donnent envie d'agir, de réagir, de se prendre en mains. Mais cela s'arrête là.

2/ les cures dures comme la cétogénique, la paléo, le véganisme: je connais plus de personnes qui ont développé des troubles, de l'épuisement, des signes nerveux APRES avoir tenu ces diètes plus de quelques mois que de mangeurs qui s'en sortent grandis (raison de ma prudence à ce sujet). Mais à nouveau, nous ne voyons sur le net, en vidéo, dans les articles, que les rarissimes personnes qui ont le profil, la constitution, la force de pratiquer ces modes exclusifs à long terme. J'écris pour l'instant un petit scénario sur la cétogénique pour mon fils, qui le veut absolument. Je lui ai choisi le docteur Eric Westman comme mouvance principale pour commencer, car il est pondéré, clair, hyperpragmatique. Il faut bien cibler une seule personne à écouter, sinon on s'y perd. Mais tout ce que dit ce gentil médecin sur la tenue à long terme est faux selon ce que je connais du terrain des régimes à la Atkins, pour lesquels on a 50 ans de recul: 90% des pratiquants reprennent le poids et plus, la grande majorité développent des formules sanguines anormales et des formes de fatigue, nervosité, insomnies qui ne sont pas le signe d'un régime équilibré. Westman a ses raisons, il y croit, il vend sa camelote, comme tout le monde: si tu manges comme moi, tu deviens mon ami en gros. En outre, le passage par une cure cétogénique a des effets thérapeutiques tels que cela renforce le côté messianique du médecin. Il est aveuglé sur d'autres pans de cette médication alimentaire.

En conclusion: si je conseille des diètes d'exclusion, c'est toujours en cure de quinze jours (max 30 jours), comme une cure de médicaments. On ne  rencontre alors pas les dégâts au moyen et long terme. Le mode alimentaire permanent sera ensuite toujours, selon moi, les nourritures vraies alias l'assiette ressourçante. Avec laquelle il faut compter, avant de se requinquer, le quart du temps qu'on a mis à se déglinguer... Patience.

3/ les tests d'intolérance: non seulement ils sont chers, mais ils sont erronés une fois sur deux (de l'avis même du laboratoire qui les a créés). C'est cher payé pour jouer aux fléchettes. Je ne sais combien de fois j'ai raconté l'histoire de mon copain naturo assez friqué qui s'est amusé à faire les tests tous les mois pendant six mois: à CHAQUE fois, les résultats différaient pour la plupart des aliments. En outre, si vous ne digérez pas certains aliments, il y a plein d'autres raisons que les "intolérances". Mais voilà que le net a choisi de cibler ce bouc émissaire-là. Je ne vais pas lutter contre une telle vague...

Je me contente de répéter à qui veut l'entendre: arrêtez de vous comparer à la voisine, n'écoutez pas les sirènes des intolérances, ne faites pas de choix dur au long terme, écoutez les signes du corps. Quatre phrases et plus de vingt bouquins pour l'exprimer... Il faut croire que je n'ai pas assez varié les périphrases ;)

Désolée de n'apporter que ces mises en garde et non une solution ferme...



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