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Taty Lauwers, l’oreille sur l’estomac, par Quentin NOIRFALISSE – dans Le
Soir (BE) du mercredi 30 décembre 2009
Alimentation
Rescapée du cancer, elle défend les vrais produits issus du terroir -
portrait
Les
méandres de la nutrition, ça la connaît. Elle a tellement croqué dedans.
Presque un miracle qu’elle ne se soit pas transformée en un portrait
d’Arcimboldo, figeant un visage mi-homme, mi-dieu, à la tête composée de
légumes et de fruits. Taty Lauwers tend un nectar de carottes, pommes et
concombres en guise d’accueil. Le goût âpre du réveil d’hiver s’altère dans
l’instant. La mixture veloutée sort du Jazz, un extracteur de jus
sud-coréen. « Meilleur et plus volumineux qu’avec une centrifugeuse »,
dit-elle. Le goût est à la hauteur du jugement, alors, on acquiesce.
Depuis quelques années,
à travers livres et conférences, Taty Lauwers imite son Jazz : elle extrait
de la vulgate nutritionniste les zestes de bon sens et en expurge les
penchants dogmatiques, en meilleure ennemie du « mange pas ci, mange pas
ça ».
La bonne bouffe «
ressourçante », justement, elle y est venue comme on va en guerre. Sans rien
savoir. La peur au ventre, aussi, car il y avait bien combat. « Du plus
loin que je me souvienne, je n’ai connu que maladies en cascade. » De
l’otite à la crise de foie, le tout englué dans une angine récurrente. Taty,
Nivelloise, 54 ans, déguste, fatigue chronique en prime. Elle clope comme
pas deux et mène une vie comparable aux « baroudeurs urbains » à qui elle
s’adresse dans ses livres : son univers culinaire s’arrête alors au
micro-onde. Puis vient le coup de bambou, sous forme de cancer, à 39 ans,
pile dans le côlon. La suite est connue : opérations, chimio, le regard du
toubib dans lequel on compte le temps qui reste.
Taty chamboule son
régime alimentaire et tâte de toutes les diètes, de la méthode Kousmine (du
nom d’une doctoresse russe qui fait la part belle aux légumes frais et dit
adieu à la margarine industrielle) jusqu’à un crudivorisme acharné. En 1999,
une autre invasion barbare s’annonce sous la forme d’une variante de la
maladie de Crohn. Elle constate que ces voies diététiques ne suffisent pas.
Elle décide d’écouter sa « nature propre » qui réclame de l’osso
bucco et du pinot à petites doses. L’agonie tourne à la renaissance. «
J’étais comme Lazare sortant de son tombeau. » Un Lazare débarrassé de
la doxa diététique, soigné à la graisse originelle et à la réduction des
féculents. Vient alors le désir de communiquer sa réforme alimentaire. Elle
se lance dans l’écriture de topos et recettes. Les injonctions
moralisatrices, les restrictions quantitatives et l’idée de régime en sont
proscrits. « Un régime est fait pour être enfreint alors qu’un mode
alimentaire est tenable sur la durée, n’exclut aucun aliment mais en dose
les proportions et en optimalise la quantité », écrit-elle dans
Nourritures vraies. Elle lutte contre les idées reçues. Les graisses :
ennemi capital ? Elles seraient bien plus bénéfiques que ce que le «
matraquage publicitaire » nous fait avaler. A condition qu’elles soient
naturelles, car elles nourrissent le cerveau et empêchent le grignotage
obsessionnel.
« Je ne cherche pas
à convaincre à tout prix, ni ne revendique une grande autorité. Pas question
de me “gouroufier”. »
Ses livres sont plutôt une invitation à (re)découvrir les vrais aliments
issus du terroir, à se méfier des « mentions sur les étiquettes qui
ressemblent à des noms d’autoroutes » et à s’initier à l’écoute de son
corps.
Elle reproche aussi à
certains nutritionnistes leur monomanie : « On pourrait vous dire qu’il
faut manger tout rose et tout mou, ou juste manger des légumes, et ça tombe
de nulle part. La diététique doit être repositionnée dans son contexte, à la
fois culturel et historique. » Picorant aux quatre coins de la planète,
des théories chinoises à l’ayurvéda indien via le « bon sens de nos aïeux
», Taty désire chasser les « fantômes » que nous mangeons, ce
qu’elle appelle du carton qui nous « fait finir en camelote ». En
point de mire, dans ses textes, « tous les produits qui nous sont
présentés comme des aliments par la seule puissance hypnotique des
merveilleuses publicités, images qui ne leurrent que notre cerveau, pas nos
cellules ».
Taty Lauwers, malade
professionnelle reconvertie en rescapée, a la dent dure contre « Monsieur
Grande Surface ». Mais si la pêche, la banane, la grande forme devaient
trouver une incarnation, ce serait peut-être elle.
Les livres
peuvent être achetés sur www.taty.be ou dans certains magasins bio
renseignés sur son site.
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