taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Moi.com


© Simon Drew, simondrew.co.uk
15.10.19 Voici des années que j'utilise dans mes écrits cette image, le scan d'une carte postale que j'avais achetée dans une boutique anglaise lors de visites de jardins remarquables: d'abord dans mon trimestriel des années 2003-2006, puis dans le topo "Nourritures vraies" des éditions avant 2010. Carte que j'adore et que j'intégrais en sous-texte. Après de nombreuses questions, j'ai envie de verbaliser mon intention symbolique lorsque j'utilisais cette image en tête de chapitres comme "moi.com"..



"Nourritures vraies"
nouvelle édition 2018


 

Le choc des temps entre un Shakespeare et un téléphone illustre le choc des temps de nos tripes et de notre physiologie, inchangée depuis des siècles, avec la modernité d'une agro-industrie hyper-technicisée. Il faudrait bien plus de 300 ans pour que notre corps développe des mécanismes de survie pour gérer les métaux lourds, les xéno-oestrogènes, les polluants divers et variés qui le colonisent à foison depuis peu.

L'image n'est pas lisible qu'à ce seul niveau. Si l'on revient au fameux "être ou ne pas être", le texte "si vous voulez être, appuyez sur le 1, si vous voulez ne pas être, appuyez sur le 2" nous ramène à ce choix difficile pour tous les mangeurs aujourd'hui: que faut-il manger? Il y a encore quelques années, nous étions tenus par des rites familiaux, des croyances ancestrales, on mangeait comme nos traditions le proposaient (ou l'imposaient), ce que notre mère nous cuisinait. Pas de questions, ouf, le confort!. On pouvait suivre une mouvance et arrêter de se gratter la tête devant l'assiette.

 

*** interlude: xxfrance inter samedi 6.34 conscience alimentaire***

Désormais il faut choisir: soit le mangeur se questionne (et il pourrait survivre en bonne santé), soit il mange comme "on" lui dit de manger (au péril de ses organes et de sa santé mentale).

Le "on" n'est pas ici la propagande commerciale des industriels seule, comme notre première réaction nous dicterait de le comprendre. Le "on" est aussi le dernier gourou à la mode, amateur de tout-cru, le prof de yoga qui veut que tous ses élèves mangent végé à l'Indienne, le coach de crossfit qui ne croit qu'à la paléonutrition pour tous, le blogueur fûté qui a découvert, tout seul, sans diplôme, qu'en dépit de toutes les recherches cliniques par des experts, nous sommes tous malades parce que nous xxx. La liste est sans fin. C'est presque amusant de la poursuivre. Mais je m'arrête là.

Je m'adresse donc aux mangeurs qui se questionnent, au-delà de tous les "on" qui leur veulent tant de bien.

Ce travail est spécialement ardu à poursuivre au quotidien. Le "moi.com" de la tête de chapitre n'est tenable au plan social, familial psychologique même que si l'on se réserve un mois, un trimestre, à la rigueur un an, pour découvrir sa nature alimentaire profonde, ce que j'appelle son profil. Fort de cette découverte, on peut partir d'un pied nouveau vers d'autres horizons et s'intéresser à des domaines un peu plus chatoyants que son propre nombril.

Pour arriver à réaliser cette exploration rapidement, je propose des "cures" de test. Provisoires comme toute "cure", ces diètes resserrées, contrôlées en quantité et en qualité alimentaire, servent de tremplin d'expérimentation pour celui qui aurait besoin de se conforter:

-- Finalement, je me sens infiniment mieux en mangeant bien le matin...

ou

-- Finalement, je me sens infiniment mieux sans manger le matin...

ou

-- Finalement, je me sens infiniment mieux en ne mangeant qu'à l'anglaise le matin, vers 10h.

-- Je n'ai plus d'angoisses nocturnes depuis que je mange moins de sucres, j'ai tellement plus d'énergie, je n'ai plus d'urticaire

-- Tu sais, je me suis rendu compte que je peux manger sucré, à condition de limiter les sucreries à 16h.

-- Je me sens bien plus léger et dynamique depuis que je ne mange plus de viande rouge

ou

-- Je me sens bien plus léger et dynamique depuis que je remange de la viande rouge de temps en temps...

En voilà bien des possibles dans votre assiette perso. Il n'y a PAS de certitude en alimentation saine si ce n'est qu'on ne peut pas manger de la camelote au quotidien sans devenir de la camelote soi-même et qu'on ne peut pas manger de tout, tout le temps, en quantité sans développer des réactivités digestives.

J'entends sur France Inter qu'on pratique désormais le polyamour, bien plus subtil que la polygamie. On peut aimer plusieurs personnes, ce qui n'est pas choquant mais semble une évidence si l'on pense que, parent, nous aimons plusieurs enfants de la même force d'amour. Ce sont les contraintes sociales qui nous imposaient le mono-amour, en particulier de la part des femmes. Ben oui, ces messieurs d'avant-guerre avaient tant besoin qu'on les dorlote, qu'on les conforte, qu'on les nourrisse et qu'on les soigne, qu'il fallait bien une femme toute dédiée à ce travail. Mais désormais les couples sont libérés de cette contrainte. L'amour conjugual d'une femme ne se limite plus à servir un homme, du soir au matin.

Je pars trop loin, revenons à nos moutons. Je ne me suis pas égarée: tout comme le polyamour semble une nouveauté alors que c'est une évidence hors contexte social, l'approche polydiète est encore peu acceptée alors que c'est une évidence physiologique. Certes, au premier abord: "oh quelle bonne idée". Et puis, dans les faits, le mythe, le groupe, les croyances reprennent le dessus et on remange comme "on" nous dit e manger.

Ce long discours pour répéter que non, dieu ne donne pas des gommettes à celui qui a eu le privilège de trouver sa nature profonde, c'est un long chemin parsemé d'embûches; oui il faut parfois revenir à l'une ou l'autre cure de recentrage, le temps d'une retraite, oui cela peut prendre des années. Et de grâce, ne vous enfermez pas dans vos menus sous le prétexte que je vous invite à découvrir votre nature profonde.

 

Une petite parenthèse sur mon contexte perso.

Outre que j'ai une approche libertaire du réel, mon passé de lobbyiste pour un cigaretier (auprès des fonctionnaires UE) m'aide à voir derrière les coulisses.

Mon père nous a aussi familiarisés avec "l'étage des tapis verts". Jeune, j'ai bien vu au travers de son boulot les interactions des grands commis de l'état avec les grands entrepreneurs, tout en sous-entendus et en échanges subtils de services. Tapis verts: c'est ma terminologie pour tout ce qui se passe en sourdine au dernier étage de l'entreprise où travaillaient les grands patrons (de l'Union Minière dans son cas) étage qui, à l'époque, avait droit aux tapis verts plutôt qu'au balatum qui tapissait les sols des étages inférieurs, où travaillaient les employés et les petits cadres. Il me suffisait de lire la presse pour repérer un sérieux fossé entre ce que j'avais entendu en famille et ce qui était relayé dans les media.

J'ai vite repéré une forme de lutte des classes de l'information, quoi. Mon blog est ma façon d'exposer ce que je peux voir et décoder avec ce schéma mental particulier, qui regarde les coulisses plutôt que l'avant-scène. Bienvenue à tous ceux que ce regard latéral titille.


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