taty lauwers

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En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

Diète cétogénique: pour qui? pourquoi? p. 56

Cet automne, je publierai régulièrement des brouillons de mon livre à paraître sur le sujet, comme c'est mon habitude. Si j'écris des âneries, c'est le lot des brouillons. Ils seront relus et corrigés, vous aurez la version épurée dans le livre final.

Executive summary: voir mon pitch.

Aujourd'hui: Mes questionnements cétogénique et cancer

Mes questionnements cétogénique et cancer - pour les pros

Si un médecin ami assiste au colloque "Repenser le cancer" à Paris le 21/9/2017 et peut poser ces questions à l'un ou l'autre intervenant expert, ainsi qu'enregistrer les réponses avec un smartphone, je lui serais infiniment reconnaissante. Ce colloque est hélas réservé au personnel soignant, je n'ai pas d'accréditation. Je présente ci-dessous les questions sous la forme Copie d'un mail à un docteur en biochimie, spécialiste de la cétogénique et du cancer.

Cher ami,

Voici le type de questions que je voudrais poser, ne fut ce que pour ouvrir les réflexions. Je ne te demande pas de réponse catégorique (aïe, quel horrible mot), mais des pistes pour voir plus clair.

Si tu penses que par écrit, ça t'arrange mieux, va pour l'écrit. Si tu préfères ne répondre qu'à une ou deux questions, c'est bon aussi. Mes questions sont purement orientées pragmatique, puisque je conseille des diètes en fonction des circonstances.  Si j'énonce des absurdités, pas de souci à les contredire.

L'interview et la transcription sont destinées à des auditeurs, les coachs que j'ai formés, qui sont tous bien informés en nutrition mais pas nécessairement médecins. Je ramasse mes questions, conçues pour toi qui doit connaître tout ce que je cite. Pardon pour les quelques raccourcis théoriques.

1. En tant que coachs alimentaires ou diététiciens, nous ne pouvons décemment pas interdire à un patient de choisir une thérapie classique ("standard of care"). Or, les chimios et les rayons risquent de provoquer une inflammation -> cytokines -> glutamates endogènes... Juste?

On combine ces traitements avec de la cortisone, pour réduire l'inflammation, mais si j'ai bien compris, la cortisone augmente la glycémie -> glucose élevé

Or glucose et glutamine sont l'engrais de la tumeur. Juste?

Comment concilier les deux approches ? Faut il que le médecin arrête au moins la cortisone? Ou qu'il combine la cortisone avec metformine? Des exemples sur le terrain? Je n'ai rien lu sur le sujet dans le livre du dr Schwartz, ni chez les intervenants de la piste métabolique aux States.

2. On conseille la cétogénique dans tous les cas de cancer. Quelques questions qui s'entrecroisent:

2a. Type de cancer.

Je vois beaucoup de témoignages sur les cancers du cerveau, ce qui me semble logique si je relie à l'efficacité de la céto sur l'épilepsie et les troubles bipolaires. A t on évalué l'impact sur d'autres types de cancer? J'ai réuni des témoignages anecdotaux sur le site http://guerir-du-cancer.fr/, quelques autres aux States. Des n=1, même s'ils sont nombreux, ne font pas un système.

Sur ce site français, qu'on remercie d'exister par ailleurs, je ne vois quasi pas de témoignages négatifs. C'est contre-productif!  On n'est pas des perdreaux de l'année, ce n'est pas possible qu'un traitement standard soit efficace à 100%. Il doit bien y avoir des échecs, soit du régime, soit du protocole complémentation (dans leur cas: metformine, hydroxycitrate et acide alphalipoïque). Si on avait quelques cas, ce serait d'autant plus crédible. Heureusement, dans son dernier livre, le dr Schwartz est plus clair sur les échecs qu'il a rencontrés.

NB. Certains cancers ne sont pas repérables par scanner au glucose, ce qui est confirmé par ma lecture attentive de Tripping over the truth de Travis Christofferson, lesquels sont-ils (il ne les mentionne pas spécifiquement)? Pas trouvé sur le net. Ce seraient les cancers qui ne relèvent pas de la cétogénique?

2b. MAD ou LCHF.

A t on évalué si des formes plus douces et tenables que la céto étaient efficaces dans les cas de cancer? Modified Atkins Diet (MAD) par exemple? Ou low-carb-high-fat LCHF sans produits manufacturés?

2c. A-t-on évalué la survie lorsqu'après quelques mois le patient sort de la céto pure et dure  pour revenir à une forme de LCHF plus doux?

2c. Gérer glycémie stricte uniquement.

L'impact de cette cure céto pourrait être simplement dû au taux inférieur permanent de glucose/insuline, pas nécessairement à la présence permanente de corps cétoniques. Il est plus facile, à long terme, de baisser durablement et de façon permanente les taux de glucose/insuline que de combiner ces paramètres à une cétonémie élevée. Si j'en crois mon suivi de la cétogénique depuis plusieurs années, chez moi et chez d'autres.

2d. Ne seraient-ce pas plus les pics insuliniques qu'il faut éviter? A t on étudié l'impact d'une hyperinsulinémie constante ou de pics insuliniques forts sur IGF1 et IGF-PB3?

3. Céto cyclique.

Peut-on imaginer pratiquer la cétogénique en mode cyclique? Ce qui éviterait de voir tous ces patients qui l'abandonnent, car trop dure (malgré ses effets si bénéfiques). Il faut prendre en compte l'aspect psychologique de chacun:  tous les patients ne sont pas des biohackers passionnés de leur propre biochimie, même si leur survie en dépend.

L'idée d'une cétogène cyclique est basée sur le fait qu'en entrée de jeu, lorsqu'on apprend au corps à travailler en lipido combustion au lieu de gluco combustion, il faut certes être strict. Mais dès qu'il a trouvé les repères, on peut plus facilement basculer en moteur hybride: alterner un mode à l'autre. J'ai testé sur moi, sur la base d'essais d'Américains: je n'ai plus cette curieuse période d'adaptation musculaire des premiers jours, j'entre et je sors de cétose facilement, je semble "céto-adaptée" musculairement (pour qui y croit) dès le 2ème jour de retour en cétose. Comme si, en  48 h, le corps se branchait en mode lipido dès la reprise. Mémoire cellulaire, quoi.

3a. Combiner metformine.

Si un patient n'a pas le courage de passer en cétogène pure ou de tenir en permanence, peut on imaginer une cétogène cyclique: 1 semaine sur 2, 1 mois sur 2? --  en supplémentant les périodes hors cétogénique par de la metformine? Le cas échéant en intraveineuse pour plus d'efficacité?

4. Bile/foie et cétogène.

Quid de la pratique de la cétogène pour des personnes sans vésicule biliaire? ou avec un foie trop fragilisé pour générer les cétones? Ou qui n'ont plus les ressources pour s'adapter à de telles doses de graisses? Je sais qu'on pourrait leur donner des MCTs ou uniquement des saturées, mais l'obstacle sera toujours le mental: convaincus de la toxicité, ils ne voudront peut être pas. Je ne voudrais pas en arriver à leur conseiller du ketocal, comme pour les petits épileptiques (voir les incidents que ça a provoqué, ont-ils changé la formulation).

A-t-on testé un mode LCHF à 50-70gr de glucides, moins gras que la cétogène, sans aucun produit manufacturé, avec restriction calorique et calcul précis des protéines? Qui conviendrait peut être à ces personnes là?

D'ailleurs a-t-on testé l'impact des produits hypermanufacturés sur les défauts de mitochondries? Je suis quasi sûre que non, car la recherche semble plus croire à des ratios de macronutriments (la cétogène) ou à des micronutriments (la piste Servan schreiber)...

4a. On  ne peut pas suggérer la voie cétose idéale (le jeûne) à tous les cancéreux, selon leur état. Mais pourrait-on imaginer, pour les plus amaigris, un jour sur deux?  Et l'autre jour, une forme de cétose adoucie, LCHF par exemple. Voir ADF, alternate day fasting (testé hors cancer à ce jour je crois sur les humains).

NB hors sujet cancer. On peut provoquer une forme d'autoguérison en réduisant considérablement les calories mais sans pratiquer la cétogénique, comme avec la cure de riz hypocalorique (800kcal/jour) du dr kempner,  aux résultats hyperpositifs pour la santé des reins et du coeur, mais la condition est d'alors réduire a minima les doses de protéines (dans son cas: 20g par jour, ce qui est minime). Le résultat doit être dramatique sur la fonte musculaire.  Est-on pour autant en cétose? Faut-il être en cétose pour avoir des effets positifs? Autres marqueurs possibles? ratio NAD/NADH, etc? (là je fais le perroquet, je ne peux même pas expliquer le détail , mais j'ai cherché avec mes petits neurones à mieux comprendre cette piste métabolique: ce n'est tout de même pas possible que ça tienne à des valeurs simples de sucres/BHB et que ce soient les mêmes chez tout le monde. Il doit y avoir des marqueurs plus fins de "processus en cours", mais là je déborde de ma posture de profane. )

5. Etudes humains. Je vois beaucoup d'études sur rongeurs, mais assez peu sur les humains dans les cas de cancer (en accompagnement de traitement "standard of care", ou avec traitement alternatif). Combien d'études sur des humains à ce jour? Il nous faut un groupe de comparaison, ce qui est assez peu éthique, j'en conviens. Il faut que les résultats soient reproductibles, par diverses équipes, dans le monde entier.  Difficile aussi, vu la nouveauté de la piste métabolique.J'ai bien vu les études relevées par le dr Seyfried, mais ce sont dans un cas 2 femmes avec cancer du cerveau, par exemple. Pas assez ferme pour que j'y risque mes métastases.

6. Kousmine/Gerson et VLF. Ces deux thérapeutes obtenaient des résultats remarquables sur les cancers, même (et surtout) incurables avec une diète diamétralement opposée: très pauvre en graisses (10%), réduite en protéines, très riche en légumes et fruits, pour Gerson sous forme de jus frais (qu'il complémentait avec du jus frais de foie de volaille). Ces cures n'étaient pas hypocaloriques en soi, pas de limites conseillées. Kousmine et Gerson étaient tous deux rigoureux et  fiables. Mais ils pratiquaient en cabinet, ils n'ont pas publié dans des magazines. Je ne reprends pas l'historique de quelques ahuris du VeganLand qui font du sous-Kousmine ou sous-Gerson. Je n'ai pas encore le temps d'investiguer plus les résultats des diètes Pritikin et Esselstyn (aussi VLF).

Peut-on imaginer que, selon profil individuel, certains patients profiteraient plus de ce type de cure végétale et hypolipidique? Et surtout tiendraient la distance, si la cure convient mieux à leurs goûts profonds... Ce qui aiderait les cas de la question nr 4.

Y a t il eu des études suivies? Un raisonnement qui justifierait le choix de ce type de cure? Les explications théoriques pour la réussite Kousmine/Gerson sont un peu trop "détox" à mon goût, peu rigoureuses.

7. SNA. Je ne pense pas avoir lu ou entendu un des intervenants de la piste métabolique évoquer l'impact du SNA (orthosympathique hypeerstimulé, parasympathique peu activé) sur le développement du cancer ou l'efficacité d'une diète. S'il est vrai que le défaut commence par une agression/une blessure chronique cellulaire, en tout cas. Si j'avais continué ma vie de rat de laboratoire (gérant d'entreprise débordé avant le cancer), tournant en hyper en permanence (orthosympathique fort de nature chez moi, mais débordé j'imagine), je ne crois pas que j'aurais survécu au cancer si longtemps (23 ans), même en suivant la diète que j'ai choisie. Pour ce que j'en ai capté (e. a. par mon cas perso, toujours le même refrain), l'environnement électromagnétique permanent est une blessure quasi chronique, doublée d'un frein aux mécanismes de réparation. Peu de choses à voir, selon ma synthèse, avec un éventuel impact thermique sur le cerveau. L'effet est infiniment plus profond sur la santé cellulaire.

8. Lors de mes recherches préalables, je suis arrivée à la conclusion que je pratiquerais de l'hyperthermie si j'avais une rechute. Comment peut-on concilier cette piste avec la piste métabolique?

9. Et enfin la question qui me taraude depuis le début: les effets bénéfiques des chimios classiques ne tiennent ils pas au manque d'appétit? a-t-on testé en clinique si les cancéreux sous traitement, qui en perdent l'appétit (ce qui fut mon cas), sont  en cétose?

Mes questions sont motivées par l'humain: je souffre de voir des cancéreux se soumettre à des cures dures alors qu'ils sont déjà dans un tourbillon émotionnel, quasi initiatique. N'y a-t-il pas moyen d'adoucir les angles? De rendre ces indispensables cures plus tenables?

Voilà, je dois arrêter là, car il faut bien se donner des limites, mais tu comprends qu'un profane, même informé comme moi, a beaucoup de questions. Je préfère me les poser avant qu'un accident de vie m'arrive, tant que j'ai le discernement clair. Quand j'aurai peur et que j'aurai mal, je ne suis pas sûre de pouvoir raisonner. Je voudrais en faire une entrevue ou un billet du blog, au cas où mes questionnements peuvent aider d'autres...

ciao et merci de ta lecture,

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