taty lauwers

cuisinez selon votre nature

En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

Diète cétogénique: pour qui? pourquoi? p. 23

Cet automne, je publierai régulièrement des brouillons de mon livre à paraître sur le sujet, comme c'est mon habitude. Si j'écris des âneries, c'est le lot des brouillons. Ils seront relus et corrigés, vous aurez la version épurée dans le livre final.
Executive summary: voir mon pitch.
Voir la table des matières des billets à ce jour (dans le désordre)
Aujourd'hui: Utilité du glucomètre

14.11 Utilité du glucomètre

Depuis ce dernier test céto (que j'ai amorcé en aout 2016), je me suis procuré un glucomètre, alors qu'avant j'évaluais l'effet de mes changements diététiques par mes envies de manger dans les heures qui suivaient le repas, mes coups de mou ou envies de sieste, mon niveau d'énergie, mon envie de danser et la stabilité de mon humeur. C'est un outil génial pour qu'un mangeur voie l'effet de certains aliments sur son sang. Outil pas cher pour un curieux: 28€ + les consommables -- les petites électrodes, qui coûtent deux fois moins cher en France (avis aux Belges: faites vos provisions lors d'un passage ou faites ramener par un copain). Outil trop cher pour un mangeur lambda, mais qu'un praticien pourrait prêter ou louer.

Pourquoi faut-il "voir"? Parce que saint-Thomas, tiens. Certains sujets ne fonctionnent pas "au postulat", cette forme de logique si répandue en nutrition.

Julie, qui est insulinorésistante sans le savoir et dont le sang trimballe en permanence le double de sucre de ce qui est considéré normal (200mg par litre au lieu de 100mg), ne me croit pas lorsque je l'invite à changer ses habitudes. Ben oui, elle ne sent rien: elle n'a pas de palpitations cardiaques; n'étant pas sujette à l'hypoglycémie réactionnelle, elle n'a pas de vertiges; elle est même de constitution si solide qu'elle ne sent pas (encore!) les coups de mou dus à cette hyperglycémie quasi permanente. Elle n'est même pas en surpoids, c'est une classique vata de chez vata.

Si je lui prête un glucomètre pour quelques jours, elle verra sous forme chiffrée ce que peut produire son petit déjeuner de miam-o-fruits (je félicite Julie d'avoir remplacé son repas de baguette/confiture par cette concoction, mais vu son profil, elle n'en voit de bénéfices que ceux qu'elle invente; je suis dure mais c'est une copine - je peux car je l'aime).

Et elle pourra évaluer que ce taux reste élevé pendant 3 à 4 heures au lieu de l'heure qu'il devrait durer. Lorsque je lui dessinerai ce que peut produire l'hyperglycémie au long cours, je pense que le sou tombera dans son cerveau. Il sera alors plus facile de gérer ensemble son nouveau plan.

Outil à gérer finement car s'il est utilisé par une control-freak de la nutri, on est parti pour un tour d'orthorexie!

Il se pourrait que ce glucomètre serve d'autres objectifs. J'ai le soupçon que, chez moi, l'augmentation de glycémie est plus forte après l'ingestion d'aliments réactogènes (dépend de chaque individu). Je me base sur ma propre expérience: une louche de pâtes (certes bolo et certes bien grasses car j'y ajoute plein de beurre) fait monter ma glycémie de 10 points (de 90mg à 101 mg lors de mon dernier test); mais quelques grains de raisins la font monter de 100 points (200mg lors du dernier test)! Tests que je dois encore valider en les répètant à diverses heures du jour, sous les mêmes circonstances. S'ils donnent presque systématiquement le même résultat, je pourrai tirer des conclusions.

Je dois encore tester la glycémie après l'ingestion d'aliments riches en additifs et en plastibrols auxquels je sais que je réagis, mais je reporte indéfiniment ce projet car j'ai de tels malaises pendant de longues heures lorsque je mange ces non-aliments que je ne m'en sens pas le courage. Je ne suis pas Marie-Curie à ce point.

J'ai testé (une seule fois, à 16h) des galettes du commerce (industrielles Delacre) lors d'un goûter avec des amis. Bims! glycémie à 200 en 1h (vite retombée pourtant). Il sera édifiant de faire le même test avec des galettes que je fais moi-même, tout bio ou biodynamie.

Je me base aussi sur de la logique pure: comment l'équipe israelienne dont j'ai relaté les résultats (voir billet) peut-elle justifier de telles différences entre les réponses glycémiques des uns et des autres après l'ingestion des mêmes aliments? Ont-ils envisagé que des réactogènes pouvaient être à l'oeuvre? Ce ne serait pas surprenant car tout le système hormonal est impacté par la digestion.

Les réactogènes ne sont pas des allergènes, on ne voit leur présence qu'en les évitant alors qu'un allergène produit un effet dans les heures qui suivent son ingestion (voyez fraises et urticaire). Qu'en les évitant? Oui, tout comme on se sent bien sur une plage isolée parce qu'enfin on est débarrassé des bruits environnants, bruits qu'on ne percevait même pas dans la vie de tous les jours. Un "intolérant au gluten" ne sentira sa réactivité qu'en éliminant totalement le gluten de son alimentation pendant au moins cinq jours.

S'il se sent mieux et s'il croit encore à un phénomène psy, on lui proposera d'en remanger beaucoup ce jour là et le suivant. Et de déduire ce qu'il faut de ses réactions. Aucun changement? c'était psy. Re-mal-être? Il est temps de se guérir de cette "intolérance" qui n'est pas anodine car elle revient à donner une information "agresseur" au corps.
NB. Réactogène est ma terminologie propre. Je ne pense pas que d'autres nutrithérapeutes l'utilisent.

Mon raisonnement: l'ingestion d'un réactogène lancerait des messages cellulaires de stress -> adrénaline, cortisol, insuline entrent en jeu. La glycémie augmente comme toujours avec l'adrénaline, que le sujet ait mangé des sucres ou pas. Cela expliquerait que, pour la même quantité de sucres nets ou globaux à un repas, ma glycémie augmente un peu ou beaucoup.

Cela expliquerait aussi pourquoi les papes de la céto insistent sur la modération en protéines, vu qu'elles ont un effet insulinogénique selon les études. Retour vers mon nombril: la céto ne me réussit que si je consomme une belle dose de protéines, animales de préférence. Serait-ce que ces études sur le pouvoir insulinogénique du boeuf n'ont pas discriminé entre les sujets qui sont naturellement réactifs à l'acide arachidonique du boeuf et ceux qui en sont dépendants pour vivre mieux? Les premiers auraient un effet d'augmentation de l'insuline, les derniers pas (ce que je soupçonne être mon cas). Lorsqu'on indique que "les études concordent à déclarer le whey comme la plus insulinogénique des protéines", prend-on en compte le fait que cette protéine n'est pas disponible au naturel en isolé et qu'elle est toujours fournie sous forme de poudre, d'extrait? Le lait de vache est un apport de trois quart de caséine pour un quart de whey. Ces études ont-elles été faites à base d'aliments réels, non passés par le micro ondes ou d'autres techniques qui les dévitalisent? ou à base de sachets en poudre bien calibrés?

Je reviens à un de mes mantras: étudier une pomme en laboratoire équivaut à analyser le cadavre d'une pomme, mais PAS une pomme. Etudier l'effet glycémique ou insulinogénique d'un aliment en le désolidarisant de tous les autres paramètres (l'individualité en particulier) est utile pour nos gouvernants, qui doivent émettre des règles de diététique de troupeau. C'est vain pour un praticien qui peut finement analyser l'évolution d'un mangeur X à un temps T.

A retenir. Tous les sujets amateurs de cétose ne sont pas prêts à "manger en pleine conscience" ni à donner du temps à cette part-là de la nutri. Certains ont besoin de voir des valeurs chiffrées pour agir. Pour ceux-là, je propose d'utiliser le glucomètre pendant deux semaines, le temps d'étudier son biotope intérieur. Cet outil n'est pas utile pour les pratiquants d'un simple plan low-carb.