taty lauwers

cuisinez selon votre nature

en quête d'un devenir-soi nutritionnel

  Les mythes urbains : « intolérance » aux salicylates et aux amines ou l’effet sérendipiteux

12.6.19 Toute à ma rédaction du prochain « Canaris de la modernité », je voudrais démonter quelques mythes urbains autour de « l’intolérance aux salicylates et/ou aux amines ».

Les mythes sont utiles à l’humain, en particulier lorsqu’il se sent perdu et seul car le mythe le rattache à une tribu, il ne se sent plus ni perdu ni seul. Mais, parfois, les mythes obscurcissent le jugement et compliquent le chemin pour se trouver ou se retrouver, ce  qui est le parcours du « devenir-soi nutritionnel » qui me plaît tant

Dans d’autres billets et dans mes topos, j’ai déjà glosé sur le mythe du sans-gluten, parfois heureusement  réduit au mythe du « sans-blé ». Utile pour 1 à 10% de la population, l’éviction du blé est devenue un rite sans fondement chez la plupart des naturos et des mangeurs bio : on évite le gluten et voilà, on n’y pense plus. On dirait qu’un menu est diabolique s’il contient un peu de pain ou de pâtes… Si cette éviction est le prix à payer pour se sentir uni dans une famille de cœur et si elle ne pèse pas, pourquoi pas ? Hélas ! Les membres de la famille sont parfois mis à contribution et doivent se priver de délicieux aliments, pour conforter la croyance du parent cuisinier en cette hypothétique toxicité du blé. Le conjoint ? Je m’en fiche un peu. Il est adulte, il peut gérer. Je suis plus émue par les enfants, qui sont coincés dans ces injonctions de pouvoir, soi-disant « pour leur bien ». Enfants qui, vous vous en doutez, se ruent sur la première chouquette venue dès que les parents tournent le dos, lorsqu’ils ne volent pas des bouts de pain à leur camarade. Tout ça pour ça ?

Comme d’autres amateurs de diététique gastronomique, j’ai longtemps pesté contre ce mythe du blé toxique ou du lait-poison, mythe entretenu par des discoureurs qui confondent le gluten ou la caséine qu’on peut trouver dans les produits industriels délétères et le blé ou le lait sain et bio, ressourçant, originel quoi. Et qui oublient qu’il suffit de pratiquer de saines rotations alimentaires pour ne plus ressentir de malaises après avoir consommé ces produits, sous leur forme saine et bio. J’ai donc longtemps pesté jusqu’à ce que je comprenne que ces conseilleurs utilisent ces aliments comme des boucs émissaires, ce qui simplifie leur pensée et celle de ceux qui les suivent. « Boutons le blé hors de France et le peuple sera plus heureux » ressemble très fort aux slogans de l’extrême droite contre l’immigration. J’exclus de mon entourage tous les beaufs qui pensent que l’intolérance est la solution à notre mal-être de pauvres urbains post-modernes. J’exclus de ma table tous les beaufs de la diététique qui pensent que les intolérances sont la source de nos problèmes. Que les intolérances existent : certes. Qu’elles puissent perturber la biochimie : certes. Que tout problème digestif ou cutané ressortisse d’une intolérance ? Ou pire qu’elles soient la source et non la conséquence d’un désordre organique profond : oh, la grosse erreur de discernement ! Entretenue par les labos qui vendent cher des tests de repérages des « intolérances », tests en général erronés et inutiles, mais qui rapportent gros aux prescripteurs, qui touchent des commissions de la part de ces labos. D’où, je pense, la prévalence de ces « diagnostics » en Naturoland.

Retour aux salicylates et aux amines. Vu que la beaufitude en diététique vit ses meilleurs jours sur le net, je constate une dérive de pensée chez les internautes. Ces derniers ne semblent pas motivés à rechercher des nourritures vraies, authentiques, qui les ressourceraient et donneraient à leur corps tous les nutriments et enzymes utiles à bien fonctionner. Ils sont menés par les lectures sur le ouaibe à croire que l’épine dans leur pied est une « intolérance ». Ils mangent sans viande, sans sucre, sans gluten, sans lactose, sans laitages. Tout ensemble ou en enchaînant une éviction après l’autre. Ils les additionnent généralement. Conséquence ? Leur organisme peine de plus en plus à fonctionner harmonieusement, car leur pauvre corps est victime de carences en minéraux et en interactions entre les minéraux ; carences qui entraînent les carences en enzymes essentiels.

Autre conséquence : l’éviction n’étant pas une solution, après quelques mois, ces mangeurs vivent de nouveaux troubles. Que font-ils alors ? Ils cherchent une énième catégorie à éviter. Tiens, ça tombe bien, depuis une dizaine d’années, Taty Lauwers a médiatisé en français deux catégories que Naturoland oubliait : les salicylates et les amines. Allez, on fonce, on ajoute ça à la série sans viande sans sucre sans brol et sans truc.  Mais mes chéris je n’ai pas écrit « Canaris de la modernité » pour que vous ajoutiez une éviction aux autres, voyons ! Je pensais avoir été claire dans le topo éponyme : l’éventuelle réactivité aux salicylates ou aux amines (OU et non ET !) ne vient qu’en dernier lieu, après l’attention portée aux polluants de l’environnement, cosmétiques et médicamenteux. Elle doit être TRES temporaire et doublée d’une assiette riche en aliments sains, et d’un menu révisé vers plus de protéines et de graisses ressourçantes. L’éviction temporaire équivaut à retirer la flèche qui est fichée dans la cuisse avant de panser la blessure. Ni plus ni moins.

En outre, les salicylates et les amines ne sont pas sources d’intolérances. Selon mes recherches de l’époque dans Pubmed & Cie, ils fonctionnent comme des freins à la détox’ et agissent par accumulation plutôt qu’à la molécule près. En faire des réactogènes est le signe d’un manque de culture diététique.

L’effet sérendipiteux

Je tiens ce terme du psychiatre Boris Cyrulnik, qui lors d’une conférence a utilisé l’adjectif correspondant au phénomène de sérendipité, anglicisme qui nous vient tout droit des Etats-Unis : il qualifie le phénomène courant de trouver autre chose que ce que l’on cherchait, de faire une découverte par hasard, en général par erreur, à la suite d'un concours de circonstances fortuites. Le fait observé est réel, mais on est ici hors méthode. C’est le hasard qui prime. J’aime cet adjectif pour sa connotation dépréciative. J’aime la méthode et voilà et dieu dit que c’était bon. Car ce qui fut sérendipiteux chez Annie, votre coach, peut très bien ne pas produire le même effet chez vous. A suivre les conseils alimentaires d’Annie, vous ne faites qu’ingérer une partie de sa personnalité, vous lui faites allégeance. Rien de bien efficace là, non ?

Un exemple sérendipiteux sur le terrain avec tous les adultes qui, aujourd’hui, se croient malades parce que réactifs aux salicylates ou amines. Meuh, non ! Vous êtes peut-être fragilisés par une alimentation très industrielle depuis que vous êtes enfant. Ou vous êtes épuisé chronique nié (une « cryptovieille » selon mon libellé dans « En finir avec le burn-out ») et à ce titre épuisé en enzymes. Ou vous avez pratiqué des régimes excessifs malvenus pour votre biochimie (votre « profil alimentaire ») : vous êtes du groupe sanguin O, de type chasseur, et vous avez fait une longue passe végane. Ce qui est diamétralement opposé à votre nature profonde. Au début, vous avez ressenti les bienfaits d’une détox’ végé. Et vous avez persévéré, sans vous informer chez les vieux de la vieille comme Robert Masson qui ont cinquante ans de métier et en ont vu passer des véganes décharnés ! En quelques mois, vous avez pris du poids, perdu votre belle peau, attrapé des boutons, vu tomber des dents et les cheveux, diminué vos performances sportives. Dès que vous avez pratiqué l’éviction des salicylates et la surdose en protéines et en graisses, vous vous êtes senti ressuscité.

Effet sérendipiteux ! Ne serait-ce pas plutôt que vous avez évité des aliments riches en principes actifs végétaux, principes que votre corps épuisé n’était plus à même de métaboliser ? Ces principes actifs sont présents dans les aliments riches en salicylates, qui sont des antiinflammatoires, mais ils sont aussi présents dans bien d’autres sources alimentaires. Normal, les aliments sont TOUS des remèdes, grâce à leur teneur en principes pharmacologiques.

En changeant votre diète et vous privant de fruits, d’olives, d’huiles VPPF, de coco, etc, vous l’avez peut-être nourri de vitamines et minéraux provenant du monde animal, nutriments qui sont infiniment plus faciles à métaboliser par un corps fragilisé ou simplement pour un hypersensible de nature? Vous auriez ainsi reconstitué vos réserves enzymatiques et minérales ? Ne serait-ce pas plutôt que vous êtes victime de naissance d’une mutation génétique particulière, qui vous rend inapte à métaboliser certains nutriments ? Voir les claires explications de Chris Masterjohn sur les mutations MTHFR, par exemple (anglais uniquement, sorry). Bref, mille et une raisons pour qu’après une passe sans amines et/ou sans salicylates, vous vous sentiez mieux. Ce qui n’indique pas qu’il faille mettre tout votre entourage au programme sans salicylates.

La sérendipité pour soi : la belle affaire. Vous êtes requinqué, vous vous sentez mieux, vous en mettez le bénéfice sur l’éviction des laitages, des salicylates, sur votre trip ayahuasca ou la consommation quotidienne d’une tisane de fenouil… Grand bien vous fasse, c’est votre histoire personnelle qui s’écrit. Je ne m’en mêle pas. Respect à tous ceux qui se cherchent, que ce soit par l’assiette ou la méditation! Mais de là à en définir une méthode pour tous ? N’est-ce pas un bien grand pas ? Vous pensez aider votre prochain et vous lui faites du mal, au final, car vous l’enfermez dans des évictions peut-être inutiles, qui vont le fragiliser encore plus. En fait, vous n’avez que nourri votre besoin de lien, en vous attachant un autre humain qui partagera votre croyance.

Quand c’est flou, y a un loup 

« Quand c’est flou, y a un loup » disait Martine Aubry, la maire de Lille, après les élections des primaires de la gauche (comprendre « loupé » dans son sens argotique). A l’heure actuelle, le monde des intolérances en Naturoland est d’une floutitude folle. Je pense à une liste qui circule à l’intention des hypothétiques réactifs à l’histamine,  liste réputée « scientifique » car elle a été rédigée par un gars formé  à la science de l’environnement. Ce qui ne fait pas de lui un nutritionniste, avouez-le.

J’ai pu examiner cette liste, c’est hilarant : c’est la liste de tous les produits auxquels lui, individuellement, doit réagir. Ce n’est pas une liste claire et conventionnelle des aliments riches en amines ou libérateurs d’histamine. Ce qui libère de l’histamine chez moi est bien différent de ce qui libère de l’histamine chez mon voisin. S’il fallait une liste, alors faites le tour de la prochaine épicerie et virez tout. C'est d'ailleurs à peu près l'effet de la liste suisse: on y ôte tellement d'aliments qu'on doit penser chaque geste en courses et en cuisine et on finit par réduire considérablement la plage alimentaire. Effet positif à court terme...

Suivez cette liste si cela vous chante, mais je ne vois pas grand monde remis sur pied après avoir pratiqué ce genre d’évictions. Les mangeurs amateurs de cette voie y sont condamnés à vie, s’ils ne pensent pas à simultanément se reconstruire par divers outils. Je souris toujours à lire des billets de blogs ou écouter des vidéos de conseilleurs/coachs : ils nous exposent naïvement leurs menus, bien sûr dépourvus de gluten ou de blé et de laitages, sans se rendre compte qu’ainsi ils ne font qu’avouer leur échec thérapeutique. S’ils doivent persévérer dans les évictions, c’est qu’ils sont restés fragiles. Echec des aliments comme remèdes. Victoire des aliments comme poisons.

Oh que ça me désole ! Ceci dit, en écrivant cette dernière phrase, je pense en faire un petit poster imagé car j'aime la formulation. Merci, ma muse.

Les référents en profilage alimentaire

Je m’en voudrais de porter l’estocade sans apporter le pansement qui va avec. Vous êtes tentés par les évictions ? Vous en sortez ? Vous voulez faire le tri entre les possibles évictions et chercher la catégorie-maître de vos soucis ? Vous voulez vous requinquer après avoir suivi des conseils ineptes, qui vous ont dévitalisé? La plupart des référents en profilage alimentaire ©, qui sont formés à cet effet, ne sont pas des croyants en l’exclusion. En général, ils partagent notre approche commune, en gros celle que je viens de résumer. Ils sont bien plus fins que le premier anti-lait antigluten venu. Le fait qu’ils aient suivi mes cours, ceux de Maya Dedecker ou de Gabriella Tamas, ne les force évidemment pas à penser strictement comme nous. Que les dieux nous en gardent ! Je ne suis pas le politburo.

Mais lors des formations et des cycles de suivi, ils ont pu appréhender l’extrême complexité du profilage alimentaire et la toute petite place que tiennent les évictions dans cet horizon nouveau. Rares sont ceux, parmi eux, qui vous tiendront en exclusions permanentes de multiples catégories : ils vous proposent des cures temporaires comprenant l’une ou l’autre éviction – proposition basée sur votre profil alimentaire et non tombée du ciel ; et ils proposent UNE éviction plutot qu’une kyrielle.

Découvrez la liste des référents qui sont repérés sur le site ad hoc http://www.profilagealimentaire.fr/

 


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