taty lauwers

cuisinez selon votre nature

En recherche d'un "devenir soi" nutritionnel... Lire la suite

Une libertaire hédoniste en cuisine

Nous ne sommes pas beaucoup de libertaires en politique, encore moins en nutrition! Comment peut penser un "anti-autoritaire" en cuisine?

Mon libertarisme profond est, je pense, à la base du concept de profilage et des multiples cures que j'ai développés.
Je valorise à ce point la liberté de choix de chacun que je ne pourrais imaginer lui imposer un système, encore moins "mon" système.
Je valorise à ce point ma propre liberté que je n'entends même plus le discours, dès lors qu'on essaie de m'imposer une vue qui ne soit pas fondée sur des faits et des chiffres - et qui, ainsi, serait propre à me faire changer d'avis ou de voie. En nutri, on fonctionne beaucoup à coup de postulats: "parce que je l'ai dit", en picorant dans la littérature scientifique, sélectionnant ce qui conforte sa propre vision de l'assiette idéale ou même sans autre justification qu'une parole catégorique.
Je valorise à ce point la liberté de l'autre que je ne fais pas de prosélytisme en nutrition: je m'adresse à celui qui se pose déjà des questions sur l'alimentaire, ou qui me les pose. Je n'essaie pas de convaincre. Je suis enchantée de la parole enchanteresse de tous les maîtres à manger sur le net, sur youtube ou dans les réunions, parole poétique ou enflammée qui seule peut motiver -- ce qui n'est pas mon objectif.

Dans mes topos et sur le blog, je tiens simplement à donner à un mangeur en questionnement les outils pour choisir en conscience ce qui lui convient ici, et maintenant, ce qui est faisable, tenable, qui ne comporte pas de contraintes pour lui au regard de ses goûts, de son historique, de son environnement familial; et qui ne lui fasse pas de tort. Ah! se faire du tort en croyant/voulant se faire du bien...

Sur ce sujet, il faut être un peu directif et moins libertaire, càd intervenir dans l'histoire du mangeur, car celui qui part dans des voies inadéquates ne s'en rend pas tout de suite compte. Eh oui, le corps est si patient, si indulgent qu'il s'adapte - ce n'est qu'après quelques mois qu'on voit les dégâts. Voir les drames de personnes si abîmées après la pratique du système d'Irène Grosjean ou d'autres crudivores, mais aussi des mangeurs qui se sont lancés dans des cures dures sans analyse préalable. Je pense à tous ceux qui, souffrant des intestins, pratiquent longtemps une cure dure comme GAPs. Je ferai un petit encart sur la diète cétogène aussi. Ma cure chouchou (et perso) ne convient pas à tous!

Ma boite à outils contient une multiplicité de cures possibles, pour que chacun y trouve son content, y compris en "entrée en cure" ou "sortie de cure": c'est à chacun de trouver LA cure et la voie qui lui convient, ici et maintenant, et de comprendre l'essence profonde de son métabolisme pour adapter ses menus au fur et à mesure - sans devoir suivre les diktats ou les menus d'un coach ou d'un guide. Difficile de guider les mangeurs dans plusieurs voies possibles, pour un coach qui n'aurait pas vécu de l'intérieur ce que "manger végé" veut dire ou ce que peut déclencher dans l'organisme une cure sans sucres (la cétogène, par exemple). Je l'accorde, ce n'est pas aisé, mais cela pourrait devenir une base de travail. Un médecin n'utilise pas qu'un seul médicament pour une même affection, il peaufine en fonction du mangeur. De manière similaire, un nutripraticien devrait jongler avec les voies végé/carné/glucides/moins de glucides/plus de gras, etc. 

Ma posture libertaire a dicté mon choix, depuis le début de l'édition de mes livres, de ne pas imposer une vérité au lecteur, mais de parsemer de petites évidences au fil des pages. Ce qui risque de changer, car plus on avance, plus les lecteurs sont infographomanes et ne réagissent plus l'écrit mais bien aux images simples (GAFA a presque gagné!). Or les images ne permettent que des discours en carré, simplifiés à outrance et, refrain connu des publicitaires, les images éteignent la réflexion et allument l'émotion. Pour un auteur comme moi qui, depuis le début, ouvre des pistes de réflexion, les images sont des leurres, sauf si elles sont purement décalées. En 1996, j'ai pu publier avec succès des livres de cuisine SANS photo, simplement illustrées de gravures du XIXè. Aujourd'hui, ça ne passe plus. Depuis 2010, j'intègre des photos dans les livres pratiques. A mon grand dam, car je sais que mon objectif est plus difficilement atteint. Brèfle, si je veux continuer à être captée, il va falloir négocier encore plus simplifié.

Ce ton ne fait pas des livres grand public qui se vendraient par milliers, mais il dérive d'un choix de respecter le lecteur dans son propre chemin. Au moins je suis en ligne avec ce que la vie me demande, je suis en paix. Ceci dit, je suis partagée entre l'envie de réfléchir ensemble à ce que manger veut dire, au travers d'exemples concrets et sans grandes envolées théoriques, comme je viens d'essayer de l'exposer; et l'envie d'aider mon prochain avec ce que je peux lui apporter: esprit de synthèse, facilités sur le plan de l'organisation et mon mantra "tu peux tout!" (entre autres tu peux te prendre en charge et ne plus subir la maladie).

Je viens de pondre mon premier cahier imagé, pratico-pratique, quasi prescriptif à mes yeux - diamétralement opposé à la posture ci-dessus -  car je vois tant de mes semblables qui sont perdus dans le tourbillon de la vie moderne et qui en perdent l'élan "nature". Voir le mailing d'annonce.

J'ai choisi, je crois, le pire des domaines pour exercer le libertarisme: l'assiette. On dirait que c'est le lieu où règne en exponentiel la servitude volontaire chère au copain de Montaigne: dites moi quoi manger (ou ne pas manger), dites moi quoi boire (ou ne pas boire), je ferai tout pour ne pas penser par moi même, pour ne pas devoir décider.

On ne peut pas s'expliquer autrement pourquoi continuent à professer des diététiciens qui font "mincir en hypocalorique" (quel que soit le joli nom de leur dernière méthode) alors que, depuis près de cent ans, on a pu démontrer que c'est une impasse... que tant de monde se prive de gluten, sans même réfléchir au fond du problème (ni se douter qu'ils se ridiculisent) ... que des centaines de personnes se laissent embringuer dans une méthode alimentaire qui n'a pas de sens historique ni factuel - comme le crudisme radical, ne pas se fier aux "dizaines de milliers" de vues d'un casasnovas sur youtube, car il connaît les arcanes commerciales et finance sa visibilité sur youtube)... etc etc
En gros et en travers, tous ces auteurs qui transforment leur a priori en vérités absolues.

Sur le net, je continue à chercher des équivalents libertaires en cuisine et je ne tombe que sur des prêcheurs, qu'ils soient docteurs en pharmacie ou blondes auto-proclamées expertes en nutrition. Entre les deux, on trouvera des Julien Vennesson qui se la joue expert mais qui n'a aucun diplome supérieur (bac S comme moi), un "duràavaler" qui est véto mais qui n'a aucune formation pour s'annoncer comme "journaliste scientifique" (c'est un métier: journaliste!). Il y en a trois mille, je cite ceux que j'ai vus hier sur le ouaibe. Ce sont des cas de figure où aucun n'a de formation réelle en nutrition, juste son historique propre; s'ils avaient eu une formation approfondie, ils n'auraient pas de telles oeillères: "faites ce qui m'a réussi" - " ce qui m'a réussi en janvier 2010", devraient-ils préciser, car ils ne voient pas toujours que ça ne leur réussit pas au long cours ).

Les seuls rationnels que je peux rencontrer en nutrition: les scientifiques dont je peux lire des blogs (plus compréhensibles que leurs articles de fond, dans les journaux scientifiques) et dont on peut suivre les interventions dans les colloques professionnels, généreusement mis en ligne par les organisateurs. Et encore, pas tous! Voyez le professeur Campbell ou Ancel Keys, dont la lecture des données de recherche est si biaisée qu'une profane, certes intelligente, comme Denise Minger peut totalement démonter leurs études.

Je suis heureuse de rencontrer des personnes à la parole catégorique, ferme, définitive (Julien Vennesson - le paléo - ou Raphael Perez l'hygiéniste - , pour n'en citer que deux), car seuls des curés pareils peuvent faire changer le monde.
Mais je suis aussi rassurée pour les mangeurs que des personnes comme moi ou certains des auditeurs soient présentes derrière pour aider à se recadrer après la première transition... car nous ne sommes pas la physiologie d'un autre et nous ne sommes pas nos menus - suivre une parole extérieure nous condamne à une forme d'obsession alimentaire. Appliquer les prescriptions de ces orateurs convaincants sans demander l'avis de votre corps revient à s'habiller comme madonna "parce que je veux lui ressembler".

Le billet devient trop long pour que je traite de la part "hédoniste" du titre ("recherche du plaisir et évitement du déplaisir"). Ce sera pour demain. Enfin, "demain"... Les habitués du bar savent que, je citerai Cioran: "aujourd'hui, hier et demain sont des catégories à l'usage des domestiques" (je cite de mémoire, je vérifierai).

Pour un avant-goût, voir une partie d'un ancien billet sur l'hédonisme en cuisine.