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en quête d'un devenir-soi nutritionnel

L'empereur numérique est nu

19.10.19 Au coeur de mon dossier "les régies publicitaires qui se font passer pour des réseaux sociaux font rien qu'à m'énerver" se cache l'envie d'annoncer que le nouvel empereur numérique est nu.



De nature peu croyante face à une majorité de mes congénères qui semblent en recherche de foi, j'ai peu de chance de faire passer ma réticence envers la baudruche du jour: le tout-numérique - et cela toute geekette que je sois, sans être informaticienne: je manipule assez bien ce medium, je construis mes propres blogs sans passer par les wordpress & Cie, je fais le webmaster de ces blogs sans utiliser d'outils préécrits (les applications, les add-ons), je travaille à l'os, quoi.

Pour moi, internet, l'ordi, le smartphone restent des outils. Ni plus ni moins: s'ils m'obéissent, on fait bon ménage. S'ils rechignent: au rebut, je ne les utilise plus. Je peux très bien vivre dans une cabane au fond des bois, du moment que je vois des gens de temps en temps. Facile pour moi, je n'ai pas investi ces outils d'une aura mythique. Je suis mystique peut-être, à la Yourcenar, sans être croyante. Je n'ai en revanche pas besoin de mythe pour soutenir ma foi dans la vie.

J'ai bien écrit internet avec une minuscule, comme dans tous mes livres, et comme je dois le repréciser au relecteur avant que le livre ne parte à l'imprimerie. Pourquoi l'écrire avec une majuscule? Ce n'est qu'un medium comme un autre. Vous imaginez la légèreté des phrases comme: "Ma Radio est en panne, y a vraiment rien à la Télé, on va au Cinéma? Je te Téléphone pour choisir un film...". La majuscule d'internet me signifie simplement que l'auteur a trouvé un nouveau dieu. Eh ouais, lui aussi en minuscule.

Cette surélévation du numérique dans nos schémas mentaux est entretenue par le choix du terme "algorythme", généralement utilisé d'un air entendu, comme si nous étions des initiés de ce monde incroyablement complexe et puissant (comme les dieux, tiens). Mais enfin chers amis un algorythme n'est jamais qu'une équation un peu poussée, conçue par des gens très intelligents. Les "robots" intelligents des Gafam ne sont que des équations un peu poussées mais joliment habillées. La prétendue "intelligence" des robots d'amazon par exemple n'existerait pas si des milliers d'Indonésiens, sous-payés, ne cliquaient pas tout le jour pour compenser les énormes manques dans les procédures que peuvent réaliser les "robots". Au passage, si, chômeur, vous voulez gagner un centième de centime par clic, les gafam cherchent encore et toujours plus de cliqueurs.

Ce ne sont que mes réflexions de ce matin, mais tous les jours m'en viennent d'autres lorsque je vois comme on se laisse tous entuber par la promesse de lendemains qui chantent grâce au numérique. Promesse entendue pour de multiples raisons, l'une d'entre elles étant que le numérique est devenu un mythe, bienvenu aujourd'hui que l'on doit survivre dans un monde sans référence. Ce mythe-là serait devenu comme une planche de salut, pour des humains nageant au milieu d'un océan d'incertitudes et qui ne sont plus tenus par des mythes fondateurs sociétaux.

Certes, ami philosophe chéri qui me lit, cela mériterait de longs développements, mais je me contente de semer mes graines. Ce billet est déjà plus long qu'un tweet, non?

Référence: Les Habits neufs de l'empereur

Il y a de longues années vivait un empereur qui aimait par-dessus tout être bien habillé. Il avait un habit pour chaque heure du jour.
Un beau jour, deux escrocs arrivèrent dans la grande ville de l’empereur. Ils prétendirent savoir tisser une étoffe que seules les personnes sottes ou incapables dans leurs fonctions ne pouvaient pas voir et proposèrent au souverain de lui en confectionner un habit. L’empereur pensa qu'il serait exceptionnel et qu’il pourrait ainsi repérer les personnes intelligentes de son royaume. Les deux charlatans se mirent alors au travail.
Quelques jours plus tard, l’empereur, curieux, vint voir où en était le tissage de ce fameux tissu. Il ne vit rien car il n’y avait rien. Troublé, il décida de n’en parler à personne, car personne ne voulait d’un empereur sot. Il envoya plusieurs ministres inspecter l’avancement des travaux. Ils ne virent pas plus que le souverain, mais n’osèrent pas non plus l’avouer, de peur de paraître imbéciles. Tout le royaume parlait de cette étoffe extraordinaire.
Le jour où les deux escrocs décidèrent que l’habit était achevé, ils aidèrent l’empereur à l’enfiler. Ainsi « vêtu » et accompagné de ses ministres, le souverain se présenta à son peuple qui, lui aussi, prétendit voir et admirer ses vêtements. Seul un petit garçon osa dire la vérité : « Mais il n’a pas d’habits du tout ! » (ou dans une traduction plus habituelle : « le roi est nu ! »). Et tout le monde lui donna raison. L’empereur comprit que son peuple avait raison, mais continua sa marche sans dire un mot.

 


Merci de votre lecture. Fin provisoire du dossier à ce jour (octobre 2019). That's all folks! (ou "folk" si une seule personne m'a lue sur ce blog...)
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