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en quête d'un devenir-soi nutritionnel

Je suis venu te dire que je m'en vais - page 20



4.10.19 Je reviens après plus d'un an à ce dossier anti-Gafam que j'ai amorcé en mars 18 et où, munie de ma casquette de Jiminy Cricket, j'expliquais pourquoi, après les 9 mois de test que j'avais promis à mon fiston, je quittais l'ambiance FB. Ce qui me permet de partager un autre éclairage envers les Gafam.
J'ai retrouvé un texte de l'adoré Romain Gary, texte extrait de son livre « La promesse de l'aube »
Il y parle dieux de son enfance : Totoche, le dieu de la bêtise,Merzavka, le dieu des vérités absolues, Filoche, le dieu de la petitesse, des préjugés, du mépris, de la haine. Si ces dieux sont bien présents chez l'humain depuis toujours, ils sont magnifiés, exaltés, sur-priés par la grâce des régies publicitaires qui se déguisent en réseaux sociaux. Que mon dieu personnel me garde de nourrir cette dérive.


J’étais un enfant lorsque ma mère pour la première fois m’apprit leur existence ; avant Blanche-Neige, avant le Chat botté, avant les sept nains et la fée Carabosse, ils vinrent se ranger autour de moi et ne me quittèrent plus jamais ; ma mère me les désignait un à un et murmuraient leurs noms, en me serrant contre elle ; je ne comprenais pas encore, mais déjà je pressentais qu’un jour, pour elle, j’allais les défier ; à chaque année qui passait, je distinguais un peu mieux leurs visages ; à chaque coup qu’ils nous portaient, je sentais grandir en moi ma vocation d’insoumis. (…)

Il y a d’abord Totoche, le dieu de la bêtise, avec son derrière rouge de singe, sa tête d’intellectuel primaire, son amour éperdu des abstractions ; en 1940, il était le chouchou et le doctrinaire des Allemands ; aujourd’hui, il se réfugie de plus en plus dans la science pure, et on peut le voir souvent penché sur l’épaule de nos savants ; à chaque explosion nucléaire, son ombre se dresse un peu plus haut sur le terre ; sa ruse préférée consiste à donner à la bêtise une forme géniale et à recruter parmi nous nos grands hommes pour assurer notre propre destruction.

Il y a Merzavka, le dieu des vérités absolues, une espèce de cosaque debout sur des monceaux de cadavres, la cravache à la main, avec son bonnet de fourrure sur l’œil et son rictus hilare ; celui-là est notre plus vieux seigneur et maître ; il y a si longtemps qu’il préside à notre destin, qu’il est devenu riche et honoré ; chaque fois qu’il tue, torture et opprime au nom des vérités absolues, religieuses, politiques ou morales, la moitié de l’humanité lui lèche les bottes avec attendrissement ; cela l’amuse énormément, car il sait bien que les vérités absolues n’existent pas et qu’elles ne sont qu’un moyen de nous réduire à la servitude. (…)

Il y a aussi Filoche, le dieu de la petitesse, des préjugés, du mépris, de la haine – penché hors de sa loge de concierge, à l’entrée du monde habité, en train de crier « Sale Américain, sale Arabe, sale Juif, sale Russe, sale Chinois, sale Nègre » - c’est un merveilleux organisateur de mouvements de masse, de guerres, de lynchages, de persécutions, habile dialecticien, père de toutes les formations idéologiques, grand inquisiteur et amateur de guerres saintes, malgré son poil galeux, sa tête d’hyène et ses petites pattes tordues, c’est un des dieux les plus puissants et les plus écoutés, que l’on trouve toujours dans tous les camps, un des plus zélés gardiens de notre terre, et qui nous en dispute la possession avec le plus de ruse et le plus d’habileté.

Il y a d’autres dieux, plus mystérieux et plus louches, plus insidieux et masqués, difficiles à identifier ; leurs cohortes sont nombreuses et nombreux leurs complices parmi nous ; ma mère les connaissait bien ; dans ma chambre d’enfant, elle venait m’en parler souvent, en pressant ma tête contre sa poitrine et en baissant la voix ; peu à peu, ces satrapes qui chevauchent le monde devinrent pour moi plus réels et plus visibles que les objets les plus familiers et leurs ombres gigantesque sont demeurées penchées sur moi jusqu'à ce jour. (…) Nous sommes aujourd’hui de vieux ennemis et c’est de ma lutte avec eux que je veux faire ici le récit ; (…) j’ai voulu disputer, aux dieux absurdes et ivres de leur puissance, la possession du monde, et rendre la terre à ceux qui l’habitent de leur courage et de leur amour.

Texte que j'ai copié/collé d'un blog qui semble disparu.

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