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"Comment le monde devient bio" |
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Je vous l'avais promis : cette histoire, qui apparaît personnelle, peut être projetée sur notre société entière. D'abord elle ressemble à celle de tant de mes congénères. Ensuite elle peut être une métaphore plus globale. Je ne suis ni sociologue ni philosophe, mais tentons le coup. Tout comme j'étais boulimique de tout et ni'mporte quoi, j'observe une société de sur-consommation du n'importe quoi, un peu inconsciente et si irréfléchie. Tout comme, me sachant pourtant d'une famille de cancéreux, je niais même mon état de santé fragile - de même notre société, au bord du goufre écologique, continue à sur-produire des aliments de piètre qualité en polluant les terres pour de longues années. Tout comme je me nourrissais d'aliments dé-naturés que je me permets, puisqu'il s'agit de moi, de qualifier de quasi-déchets et que je souffrais de ce que mon usine intérieure n'arrivait pas à traiter adéquatement les excès de toxines dues à mon alimentation industrielle riche en résidus, beaucoup trop carnée et riche en produits laitiers, ainsi notre société est aujourd'hui malade de ses déchets. Tout comme moi, cette société regarde, mais ne sait pas voir. Elle entend un vague bruit, mais ne prend pas le temps d'écouter. Allo, allo? Ecouter quoi ? Voir quoi ? Prenons une métaphore proche de vous tous, probablement. Vous avez ici, près d'Anvers, certains des plus beaux jardins de Belgique. Connaissant la composition de la terre d'ici, son pH (j'ai cru comprendre qu'il s'agissait d'une terre sablonneuse, difficile à travailler), on peut imaginer lui ajouter des tombereaux de terreau en provenance de terres plus argileuses pour y faire pousser tout ce qui vous passe par la tête. C'est vous le maître, après tout, non ? On peut aussi imaginer observer les jardins des voisins ou les plantes indigènes et planter en conséquence. Le premier cas représente le cas de l'agriculture qui se veut maître de la nature, c'est le combat, la polémique. La deuxième version consiste à jouer avec la nature, à s'en faire le parent ou le compagnon de jeu. Sans angélisme, l'alimentation biologique, ce n'est rien d'autre que la manière raisonnée de tirer parti des forces de la nature alors que l'agriculture "intensive" moderne serait la volonté de maîtriser, dominer la nature. Par parenthèses, j'aimerais commenter le titre de la conférence. "Comment le monde devient bio" pourrait tout aussi bien s'appeler "Comment le monde RE-devient bio". Nos cultures ne se sont mises à la chimie que depuis quelques dizaines d'années. Avant, le monde n'était que bio ! L'agriculture a toujours été bio... J'ai découvert ne plus souffrir d'aucun mal de tête du lendemain depuis que nous dégustons des vins bio. Au début, quand nous débarquions chez des amis en claironnant: "on vous apporté du vin bio"; mon mari et moi observions tristement que ces belles bouteilles finissaient on ne sait où, mais en tout cas pas sur la table du dîner. Nous avons vite compris que nos amis croyaient avoir affaire à un vin fermenté à base de graines d'avoine ou de millet, ou tout autre fantaisie. Dorénavant, nous annonçons : "du vin à l'ancienne"... qui est débouché dans la minute qui suit... Le bio, c'est en gros et en travers, des aliments "à l'ancienne", qui ne sont que la copie de ce que nos aïeux (même pas: nos pères!) mangeaient. Comment reconnaît on les produits "provenant de l'agriculture biologique" ? Celle-ci, visant à un accord avec l'environnement naturel, doit répondre à un cahier des charges très strict et contraignant. Le respect de ces normes est garanti par un logo, chez nous Ecocert (et accessoirement Biogarantie, Velt, Nature et Progrès, entre autres). Je ne m'étendrai pas en détail sur les critères et avantages des aliments bio, c'est le sujet d'une conférence en soi, je parlerai d'un point de vue personnel. On observe que les familles bio dépensent bien moins en frais médicaux que les familles "traditionnelles", que des enfants allergiques ne présentent pas les mêmes crises avec les aliments bio qu'avec les aliments conventionnels. Attention, le bio n'est pas la panacée, comme beaucoup espèrent : hop, chouette, j'ai trouvé la pilule magique... Voilà quelques années que je dois en décourager plus d'un. Ce n'est pas en se nourrissant de chips, biscuits et surgelés, tout bio qu'ils soient, que vous atteindrez le nirvana de la santé. Vous comprendrez plus loin pourquoi. Par contre, les témoignages sont tellement patents d'un plus grand bien être de santé grâce à une alimentation sage et saine à partir des produits bio qu'on se demande naturellement: quel serait le mécanisme ? Il est démontré dorénavant que les aliments bio sont plus riches en nutriments que leurs petits frères de l'agriculture intensive. Le chou "intensif", par exemple, contient moins de vitamine C et B3 que le chou "bio". Certaines variétés de pommes de culture intensive ont été testées qui ne contiennent même plus de vitamine C du tout... Nous savons que nous sommes en grande majorité carencés en vitamines et minéraux. Mais la recharge en nutriments n'expliquerait pas les accalmies allergiques... Une amie, méthodique ingénieur agronome, ne comprend pas pourquoi elle a des crises d'urticaire en consommant des laitues de grande surface alors qu'elle digère parfaitement bien les laitues de son propre jardin. C'est en continuant à chercher dans cette voie que j'ai trouvé une piste encore peu connue, mais promise à un bel avenir si on s'y attache : la psycho-neuro-immunologie appliquée à l'alimentation. Cette science étudie l'impact des stress sur l'immunité (entre autres choses). Il est utile ici de poser une définition : le stress, dont nous parlons à tort et à travers, il faut le reconnaître, n'est pas constitué par le bruit environnant, ou votre patron infect, ou les cadences au travail. Ces derniers ne sont que des agents stressants : le stress est votre réponse propre à ces agents stressants. Une dépression peut être provoquée par trop de stress, donc par une réponse inadéquate à une série d'agents stressants (qui auraient laissé le voisin indifférent dans la même situation). Pour la facilité du discours, je me permettrai de remplacer 'agent stressant alimentaire' par 'stress alimentaire'. Certains chercheurs estiment en effet que nous subissons des "micro-stress alimentaires" chaque jour. Les additifs, comme l'anhydride sulfureux cité tout à l'heure, seraient des micro-stress, au même titre que les résidus de produits de synthèse - ceux qu'on ne trouve pas dans les produits "bio". Peut-être que, seuls, ces stress seraient inoffensifs. Ils font d'ailleurs l'objet de tests sérieux de la part de notre Ministère de la Santé. Mais il se peut que, cumulés à la pollution atmosphérique, au manque de sommeil, aux situtations familiales stressantes, à une carence vitaminique dans des organismes déjà fragilisés, ils déclenchent l'alerte alors qu'il n'y a pas lieu de crier. Allergie vient de 'allos' - étranger, autre : pourrait-ce être que le corps ne reconnaît pas l'Autre ou reonnaît l'aliment ingéré comme "Autre". Boule de cristal Il n'est pas besoin d'une voyante extra-lucide et de sa boule de cristal pour voir l'avenir d'une génération. Il suffit d'écouter nos amis américains qui ont pris quelques années d'avance sur nous. Nous commençons à atteindre leur taux d'obésité dans certaines écoles, par exemple, alors qu'on se riait d'eux il y a vingt ans. Internet peut être le pire des outils, mais je peux vous assurer que, bien utilisé, il vous offre des voies d'information parfois passionnantes. J'ai été sidérée de suivre quelques unes des interventions des groupes de discussions auxquels je me suis momentanément abonnée : hypoglycémiques, fatigues chroniques, hyperactifs, etc. Faites la promenade, vous aurez le coeur brisé en y lisant des compte rendus apocalyptiques des crises d'allergie que peuvent provoquer chez certains sujets un petit additif de rien du tout, le benzoate de sodium de nos boissons gazeuses, ou le glutamate de sodium d'un quelconque avatar de chips. J'ai même rencontré dans ces groupes des personnes disant ne presque plus pouvoir rien digérer : comme si leur corps, à bout, ne pouvait plus rien reconnaître, comme s'il était déprimé à son tour, paralysé. Les sages moeurs alimentaires de nos ancêtres? Un chercheur français, le docteur Seignalet, directeur du laboratoire d'histo-compatibilité de l'hôpital St-Eloi à Montpellier, va encore plus loin dans ses observations et sa pratique. Il est spécialisé dans les maladies dégénératives comme la polyarthrite évolutive ou la sclérose en plaques. Il a observé qu'en supprimant à ses patients les céréales modernes comme le blé (ou froment, donc les farines, crêpes, biscuits, pains, etc), il obtenait d'impressionnants taux de rémission. Le détail de sa recherche et de sa pratique, bien plus riches, font l'objet d'un gros livre très documenté "L'alimentation ou la troisième médecine", éditeur F.X. de Guibert. Comment se lexplique-t-il ? Une des hypothèses: sachant que le blé dit "ancestral" a toujours eu sept paires de chromosomes et que, par la grâce des plus récentes hybridations, il est maintenant doté de 21 paires de chromosomes, le froment (synonyme du blé) serait reconnu par l'organisme comme un monstre", selon ses propres termes pourtant généralement mesurés. D'autres praticiens américains, qu'on pourrait qualifier de paléo-nutritionnistes, appliquent - avec un peu d'excès, vous imaginez... - le même type d'approche en stimulant leurs patients à manger comme nos ancêtres, très lointains, cette fois-ci. Si l'on compte en générations, sachant que le patrimoine génétique humain met plusieurs milliers d'années à s'adapter : cent mille généréations ont vécu de chasse et de cueillette; cinq cent générations d'agriculture ; dix ont connu l'essor industriel... et seulement deux générations expériment la culture intensive, les produits raffinés, de longue conservation, chargés de molécules de synthèse. Nombreux sont ceux qui pensent qu'un tout petit frein à ce progrès effrené ne peut pas faire de tort. C'était d'ailleurs aussi l'avis, il y a plus de quarante ans, de la doctoresse Kousmine, à propos de laquelle je voudrais pouvoir un jour faire une conférence entière. Elle recommandait de revenir sagement aux moeurs alimentaires de nos ancêtres, les "M.A.A.". Il y aurait bien plus de sujets à traiter encore : la place exacte de la cuisine, de l'art culinaire, dans nos vies , ou la fonction de pilier de la qualité de vie au sein d'une famille que personne ne semble vouloir assumer (ni lui ni elle) laissant un foyer sans colonne vertébrale, ou encore les intolérances alimentaires subtiles dites "masquées" parce qu'elles ne déclenchent pas un franc urticaire. Il m'a semblé que ce que je peux vous apporter, c'est en essence qu'il est crucial de prévenir plutôt que guérir. Ne vous avais-je pas prévenu que je ne dirais rien de nouveau sous le soleil ? Lors de la rédaction de mon premier livre, j'avais évité le plus possible de parler de "my little nobody me" comme disent nos voisins britanniques. Tant de personnes rencontrées entretemps m'ont affirmé qu'au contraire mon "parcours du combattant" les intéressait que j'imagine qu'il en est ainsi parce qu'il représente un espoir... Même en menant une vie de bâton de chaise, en dépit du bon sens, en poussant la machine à bout, on peut, grâce à une prise de conscience, une prise en main de ce capital-patrimoine-santé, rénover l'immeuble le plus décati ! Si vous avez l'impression de parler à des murs, si vous vous inquiétez pour la santé de vos enfants ou petits enfants qui ne vous écoutent pas, gardez à l'esprit que la nature est formidablement indulgente... Je n'ai pas d'autre message à vous transmettre que de donner à votre corps et à celui de vos proches les aliments justes dans la juste proportion. "Un aliment juste", c'est tout simplement l'aliment qu'il faut à un moment précis à votre corps et qu'il peut reconnaître comme tel, qu'il ne se fatigue pas à décoder comme une langue étrangère mal maîtrisée. La "proportion" juste ferait l'objet d'une autre conférence, car il faudrait parler alors des intolérances alimentaires et des profils biologiques personnels. Je ne pourrais vous souhaiter pour cette Année Nouvelle que le bonheur de savoir écouter votre propre corps. Je me tiens à votre disposition pour vos questions. |
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